Journée d’étude : « La Suisse entre consensus et conflits : enjeux et représentations »

Programme MSH Germanosphères

Jeudi 19 novembre 2015

MSH de Clermont-Ferrand

La journée d’études intitulée « La Suisse, entre consensus et conflits : enjeux et représentations » s’inscrit dans la continuité de la réflexion amorcée en 2013 par le groupe de travail interdisciplinaire « Germanosphères », basé à Clermont-Ferrand et dont les recherches ont conduit, en 2013, à l’organisation d’une première journée d’études sur le thème : « L’Allemagne en recto-verso – portraits d’un voisin (mé)connu », suivie à l’automne 2014 d’une journée consacrée à l’Autriche (« L’Autriche en perspective : centre(s) et marges »). Soucieux de prolonger et d’approfondir cette réflexion tout en l’élargissant, notre groupe de travail, composé d’enseignants-chercheurs en lettres, langues, sciences humaines et sociales, organisera, le 19 novembre 2015, une troisième journée d’études qui concernera, cette fois, la Suisse. L’objectif de cette rencontre est d’apporter un éclairage transdisciplinaire et diachronique sur un pays dont la singularité offre des perspectives de recherche encore largement inexploitées.

Depuis les guerres de religion, à l’époque des Lumières et avec une intensité plus marquée au cours des XIXe et XXe siècles, la Suisse a accueilli des réfugiés en provenance de la plupart des pays européens, permettant ainsi la circulation des idées religieuses, philosophiques et politiques, mais aussi artistiques. Terre d’accueil par excellence, la Suisse neutre est également depuis le XIXe siècle une plaque tournante de la diplomatie internationale, le carrefour de l’humanitaire, « marqueurs d’identité » qui, par la suite, ont pu être détournés de leur fonction d’origine. Sur le plan intérieur, la politique de la Suisse répond, quant à elle, à la nécessité de recherche de consensus liée aux diversités régionales et linguistiques. Le pays se présente ainsi comme une « démocratie de concordance » [1] . Cependant, ce système est souvent rendu responsable de l’immobilisme de la politique et de la faiblesse idéologique des partis suisses, avec pour conséquence la naissance de mouvements politiques temporaires, créés à l’occasion de votations sur un sujet, et des dissidences dans les grands partis. La prégnance du consensus a parfois pour corollaire un déplacement des conflits au niveau individuel. Enfin, la question se pose de savoir si le consensus n’étouffe ou ne dissimule pas les aspects conflictuels, s’il n’est pas « en réalité, la forme réussie de la coercition » [2] . Ceci explique que, dans la seconde moitié du XXe siècle, la Suisse a pu être perçue par certains de ses artistes comme un étau à fuir [3]. À l’inverse, elle a vu récemment éclore une talentueuse génération de jeunes écrivains et cinéastes, comme si la créativité, après s’être déployée ailleurs, loin des frontières helvétiques, se nourrissait désormais avec profit − faute de pouvoir la résorber − de la tension entre un type de discours servant la cause identitaire, isolationniste, et l’ancrage fondamentalement multiculturel et plurilinguistique du pays.

Les contributions pourront s’interroger sur les aspects suivants :
-  Quelles pratiques découlent de la neutralité et du consensus (hier et aujourd’hui) ? Quels décalages peut-on observer entre la neutralité et le consensus affichés et les pratiques effectives ? Ces modèles sont-ils encore opérants et ces positions toujours tenables aujourd’hui ?
-  Une autre perspective pourra consister à étudier la perception de la Suisse par ses écrivains, artistes, intellectuels. Comment ces derniers représentent-ils leur pays, chroniquement soumis à la tentation du repli sur soi et de la crispation identitaire, mais aussi pays-pivot et terre d’échanges ? Et dans quelle mesure cette tension a-t-elle pu devenir une source de créativité ?

Notre projet étant partie prenante des travaux menés par le groupe de travail « Germanosphères », la Suisse alémanique constituera un champ d’études privilégié. Il va néanmoins de soi que les propositions portant un regard perspectif sur la Suisse romande, italophone et/ou romanche seront les bienvenues. Afin de favoriser une approche interdisciplinaire, les collègues intéressés sont invités à proposer des communications portant sur des champs scientifiques aussi diversifiés que l’histoire, la géographie, les sciences politiques, l’histoire des idées, la littérature, la linguistique, l’histoire de l’art, la musicologie. Par cette initiative de coopération scientifique, les organisateurs souhaitent promouvoir les échanges entre chercheurs de disciplines voisines travaillant sur une même aire.

Comité d’organisation

Landry Charrier, Maître de conférences habilité en civilisation des pays germaniques, Université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand) Landry.CHARRIER

Anne-Sophie Gomez, Maître de conférences en littérature des pays germaniques, Université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand) Anne-Sophie.GOMEZ

Fanny Platelle, Maître de conférences en littérature des pays germaniques, Université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand) Fanny.PLATELLE

Programme

Jeudi 19 novembre

Matin

8h50 : Ouverture de la journée par Mme Bénédicte Mathios, Doyen de l’UFR LLSH et M. François Mayor, Consul Général de Suisse (Lyon)

Introduction : Anne-Sophie Gomez et Fanny Platelle (CELIS)

9h30-10h15 : Conférence de Landry Charrier (Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand) :« Walter Stucki, Ministre de Suisse à Vichy (1940-1944) : un diplomate dans la tradition des bons offices »

Session 1 : Enjeux historiques, politiques, linguistiques de la neutralité et du consensus en Suisse

10h15-10h45 : Thomas Nicklas (Université de Reims Champagne-Ardennes) :« L’impossible neutralité. Deux intellectuels suisses face à la guerre : Jean Rudolf de Salis et Herbert Lüthy »

10h45-11h : Pause café (salle 332)

11h-11h30 : Hadrien Buclin (Université de Lausanne) :« La gauche helvétique et la question de l’épuration à la fin de la Deuxième Guerre mondiale »

11h30-12h : Agata Pogorzelska-Kliks (Université de Technologie de Gliwice) : « L’immigration : une chance ou une menace pour la politique suisse du consensus ? »

12h-12h15 : Discussion

12h15-14h : Déjeuner (salle 332)

Après-midi

14h00-14h45 : Conférence de Régine Battiston (Université de Haute Alsace, Mulhouse) : « La Suisse en question : Max Frisch, écrivain et citoyen engagé »

Session 2 : Représentations et critiques littéraires

14h45-15h15 : Mauricette Fournier (Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand), Angela Alaimo (Université de Padoue, sous réserve), Marina Marengo (Université de Sienne, sous réserve) : « La Suisse romande au prisme des représentations des immigrés italiens : une approche géo-littéraire »

15h15-15h45 : Anne-Marie Gresser (Université de Caen) : « L’étrange étranger : Martin R. Dean et la Suisse »

15h45-16h : Discussion

16h-16h15 : Pause café (salle 332)

16h15-16h45 : Rosmarie Zeller (Université de Bâle) : « Spiel mit der Mündlichkeit, Spiel mit der Mundart »

16h45-17h15 : Sylvie Jeanneret et Ralph Müller (Université de Fribourg) : « Consensus et conflits dans les romans de la famille en Suisse romande et alémanique / Konsens und Konflikte im Familienroman der deutschen und französischen Schweiz »

17h15-17h45 : Marta Sabado (Université Paris 3) : « Critiquer ‘‘en Suisse’’. Identité et critique littéraire dans l’école de Genève »

17h45 : Discussion et débats

18h45 : Florilège de courts métrages suisses.

Introduction et discussion : Christian Denier (La Jetée).

Responsable(s) Celis :  Anne-Sophie Gomez / Fanny Platelle

Date et lieu

  • le jeudi 19 novembre 2015 - lieu : MSH de Clermont-Ferrand
[1] Pietro Morandi, « Démocratie de concordance » dans le Dictionnaire historique de la Suisse, http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/… Consulté le 8/04/2015.

[2] François Masnata, Claire Rubattel, Le pouvoir suisse. Séduction démocratique et répression suave, Lausanne 1995 (1ère éd. 1975), 82, 245.

[3] Ainsi que l’a dénoncé Paul Nizon dans son Discours à l’étroit / Diskurs in der Enge (1970).