Congrès- 22e Colloque international : « George Sand et le monde des objets »

19-22 juin 2017

Clermont-Ferrand et Nohant

Organisé par P. Auraix-Jonchière (Univ. Clermont Auvergne, CELIS), S. Bernard-Griffiths (Univ. Clermont Auvergne, CELIS), B. Diaz (Univ. de Caen, LASLAR), C. Masson (Wellesley College, GSA).

Comité scientifique : P. Auraix-Jonchière, S. Bernard-Griffiths, B. Diaz, C. Masson, C. Le Guillou, I. Naginski, O. Bara, L. Colombo, H. Nishio.

L’intitulé du présent colloque invite à prendre en considération non seulement l’œuvre de George Sand dans ses dimensions multiples, mais aussi l’environnement et le moment historique dans lequel vécut l’écrivain, sous un angle tout à la fois socio-culturel et esthétique ; il invite aussi à s’interroger sur la réception de l’écrivain et sur son éventuelle « muséification ».

Parler du « monde des objets » renvoie en effet à des approches qui relèvent de l’anthropologie, de la sociologie, de l’histoire de l’art, de l’histoire culturelle (et de l’histoire tout court) autant que de lectures – elles aussi diversement orientées – de l’œuvre, qu’il s’agisse des fictions narratives et dramatiques [1] ou des écrits autobiographiques et journalistiques. Mais le domaine de la réception n’est pas en reste : les représentations de l’écrivain par ses contemporains et jusqu’à nos jours, dans les champs de l’écrit et de l’image, fixe ou mobile, en tant qu’elles donnent à voir des portraits et sont révélatrices de l’ethos (réel ou supposé) de George Sand sous ses diverses facettes, peuvent aussi s’édifier par le truchement des objets.

Mais qu’entendre par « objets » ? L’interrogation n’est pas neuve et nous nous inscrivons dans le sillage de tout un ensemble de travaux dont les plus importants sont répertoriés dans la bibliographie ci-jointe. Si nous partons de la tentative de définition de R. Beuchat, nous pouvons avancer le raisonnement suivant :

  • En guise de point de départ théorique, nous assignerons deux acceptions au mot « objet ». La première, de l’ordre de la psychologie, est tournée vers l’esprit, vers le sujet : est objet tout ce qui n’est pas moi, tout ce qui est hors de moi. La seconde, fondée de façon plus positive, est orientée, elle, vers la matière. L’objet ainsi entendu conjuguera les propriétés de non vivant (la femme n’est pas un objet), de fabriqué (l’objet n’existe pas à l’état de nature), de délimité dans l’espace (le cosmos n’est pas un objet) et d’instrumental – l’objet, c’est une médiation entre le monde et moi ; c’est un moyen entre mon désir et son accomplissement. [2]

Les quatre critères discriminants majeurs ici retenus (non vivant, fabriqué, délimité dans l’espace, instrumental) sont matière à discussion. Première question : tout objet doit-il nécessairement résulter d’une fabrication technique ? la transformation, le détournement de fonction ou l’artialisation d’éléments naturels qui me sont étrangers (des choses) mais dont je prends possession est-elle à proscrire ? La fleur que je cueille, que je traite et que je dispose dans un herbier est-elle ou non un objet ? La pierre que je ramasse, que je décore et transforme en objet décoratif, par exemple, ne change-t-elle pas de statut ? Dans le premier cas, sans doute est-ce l’herbier lui-même qui constitue l’objet à proprement parler, mais il en va différemment de la collection ou de la vitrine (de pierreries, de lépidoptères, etc.), qui érigent les choses en objets et se fondent elles-mêmes en une sorte de “méta-objet”. Dans le second cas, l’acte d’appropriation et de transposition / transformation dénaturalise la pierre ainsi devenue objet à voir, à utiliser, à offrir, ou même à vendre. Les limites entre objets et non-objets sont donc moins simples à déterminer qu’on ne pourrait le penser de prime abord. La deuxième question qui se pose est celle de la valeur « instrumentale » de l’objet. En un siècle où « le bibelot s’affiche », où « la vitrine met en spectacle les articles à vendre », où « le musée s’institue et se nationalise », où « le bazar exhibe son bric-à-brac » [3], la fonction décorative de l’objet, alors non nécessairement utilitaire, n’est pas négligeable.

Une seconde proposition de définition permet de rebondir sur la précédente : lorsqu’elle tente de distinguer la chose de l’objet, M. Caraion avance que ce dernier est « la chose douée d’une finalité par rapport à l’humain » [4]. La notion de « finalité » est intéressante en ce qu’elle excède celle, plus réductrice, d’« instrumental ». La finalité d’un objet peut être non seulement pratique ou marchande, mais esthétique, mémorielle, affective – cette dernière catégorie n’étant évidemment pas intrinsèque à l’objet mais tributaire des « jugements » du sujet « Quelle que soit l’acception, empirique ou transcendantale, dans laquelle on puisse parler de “choses” à la différence du sujet – en aucun cas la valeur n’est une “qualité” de celles-ci, mais un jugement à leur propos qui demeure dans le sujet » [5]. Cette relation entre le sujet et l’objet nous semble déterminante pour cerner ce dernier. Comme le rappelle M. Caraion citant J. Poirier (« L’Homme, l’objet et la chose », 1990) : « “Cet élément, inerte, matériel, neutre qu’est la chose”, l’objet ne l’est jamais totalement ; l’objet se caractérise par une donnée relationnelle forte qui le lie à l’homme, le sujet. » [6]

Nous considérons donc que l’objet, a priori produit d’une fabrication, peut désigner tout élément extérieur au sujet (à l’homme) qui lui est relié par une finalité propre (quelle qu’en soit la nature). C’est cette interaction de l’objet et du sujet qui nous semble essentielle, et elle devrait s’avérer d’autant plus fructueuse que Sand, dans sa relation au domaine de Nohant, dans ses travaux horticoles, artistiques ou plus simplement domestiques [7], dans l’intérêt ethnologique mais aussi esthétique qu’elle exprime pour l’habillement, dans son goût pour les réceptions, instaure de riches et multiples relations aux objets dont témoigne aujourd’hui la demeure ouverte aux visiteurs. Les objets prennent alors valeur de témoin.

Cette relation (de Sand aux objets et des objets à Sand) est à comprendre sous quatre angles :
- intime (Sand et ses objets)
- politique et social (Sand et la société marchande)
- poétique (les objets dans l’œuvre)
- scénographique (réception et muséification de l’écrivain)

Le premier axe, celui de l’intime, pourrait s’intéresser à tout objet (immobilier, bibelot, tableau, pièce vestimentaire, accessoire, livre, etc.) familier à l’auteure, que sa fonction soit sociale, affective, marchande ou même matricielle et poïétique, à l’instar de « l’écran vert » installé devant l’âtre à Nohant : « Des images se dessinaient devant moi et venaient se fixer sur l’écran vert. […] J’ai contemplé sur cet écran vert des merveilles inouïes », se souvient George Sand dans Histoire de ma vie. On pensera aussi à la dimension artistique et créative de l’objet en train de se faire, au rôle qu’il occupe dans l’espace privé ou public (les boîtes de Spa, les marionnettes, etc.).

Le deuxième axe s’intéressera au regard sociologique et politique que George Sand porte sur la société marchande qui naît au XIXe siècle, et qui fait notamment de la littérature une marchandise et du livre un objet à vendre au plus offrant. Plus généralement, on pourra se demander quel est le jugement de Sand sur la réification des rapports humains et sur ce monde des objets qui est celui de la modernité.

Le troisième axe, qui concerne les lectures de l’œuvre, pourra envisager les diverses fonctions qu’occupent les objets : transactionnelles (dons et conte dons), diégétiques, poétiques, symboliques, métadiscursives, pédagogiques ou sociologiques, dans les fictions narratives ou dans les pièces de théâtre.

Le quatrième axe aura un double objectif : cerner la réception de George Sand à son époque et à travers le temps par le prisme des objets, d’une part ; étudier les modes de valorisation actuels de l’écrivain par le biais de ce que M.-È. Thérenty et A. Wrona appellent la « mise en objets de la littérature » [8] (maisons d’écrivain, musées, exposition et objets), d’autre part.

Les propositions de communication devront être envoyées conjointement à Pascale Auraix-Jonchière (pascale.auraix.jonchiere@neuf.fr)

Catherine Masson (cmasson@wellesley.edu)

Brigitte Diaz (brigitte.diazw@gmail.com)

avant le 30 octobre 2016.

Leur titre sera accompagné d’un résumé d’une quinzaine de lignes précisant clairement le corpus retenu et la problématique adoptée. Elles comporteront une brève bio-bibliographie de l’auteur. On veillera à éviter toute proposition de type monographique.

Le comité scientifique donnera ses réponses fin décembre.

Le colloque se déroulera à Clermont-Ferrand les 19 et 20 juin. Le voyage en car entre Clermont et Nohant sera organisé le 20 après-midi. Le colloque se poursuivra à Nohant les 21 et 22 juin.

De plus amples détails sur l’organisation de ces journées seront fournis ultérieurement.

Bibliographie indicative :

Agôn, Revue des arts de la scène, 2011, N° 4 : L’objet. http://agon.ens-lyon.fr/index.php?i….

Balzard-Dorsemaine, Françoise, Au plaisir de George Sand : les comédiens de bois de Nohant, La Châtre, 1998.

Bernadac, Christian, George Sand, dessins et aquarelles, Paris, Belfond, 1992.

Beuchat, Robin, « Deuil, mélancolie et objets. « Véra » de Villiers de L’Isle-Adam et Bruges-la-Morte de Rodenbach », Poétique 4/2004 (n° 140), p. 483-494.

Bonnot Thierry, « Qu’est-ce qu’un objet précieux ? Au sujet d’un roman de Louise de Vilmorin », Ethnologie française 4/2006 (Vol. 36), p. 723-733.

Caraion, Marta, « Objets en littérature au XIXe siècle », Images Re-vues [Online], 4 | 2007, document 1, Online since 01 January 2007, connection on 23 March 2015. URL : http://imagesrevues.revues.org/116.

Caraion, Marta (dir.), Usages de l’objet - Littérature, histoire, arts et techniques, XIXe-XXe siècles, Paris, Champs Vallon, 2014, coll. « Détours ».

Caraion, Marta (éd.), Objets en liberté, UNIL, Archipel essais, 2005, n°11.

Catsiapis, Hélène, « Les objets au théâtre », Communication et langages, N. 43, 3e trimestre, 1979, p. 59-78.

Cropper, Corry, "Réintroduction à la littérature fantastique : Enlightment Philosophy, object-Oriented Ontology, and the French Fantastic.", Nineteenth-Century French Studies – Volume 44, Numbers 1 & 2, Fall-Winter 2015-2016, p. 25 à 45.

Diaz, José.-Luis, L’Écrivain imaginaire : scénographies auctoriales à l’époque romantique, Paris, H. Champion, coll. « Romantisme et modernités », 2007.

Duchet, Claude, « Roman et objets : l’exemple de Madame Bovary », Europe, sept.-nov. 1969, repris dans Travail de Flaubert, Paris, Seuil, coll. « Points », 1983.

Emery, Elizabeth, Le photojournalisme et la naissance des maisons-musées d’écrivains en France, 1881-1914, Chambéry, Université Savoie Mont-blanc, coll. « Écriture et représentation », 2015.

Froliche, Juliette, Des hommes, des femmes et des choses. Langages de l’objet dans le roman de Balzac à Proust, PU de Vincennes, 1997.

George Sand, une nature d’artiste, ch. VII, exposition du bicentenaire de sa naissance, Paris, musées, 2004.

Heinich, Nathalie, « Avant-propos », Œuvre ou objet ? Sociologie de l’art, n°6, 1993.

Le Magasin du XIXe siècle : « Les choses », José-Luis Diaz (dir.), n°2, Ceyzérieu, éd. Champ Vallon, 2012.

Lepaludier, Laurent, L’Objet et le récit de fiction, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004.

« Le portrait photographique d’écrivain », Jean-Pierre Bertrand, Pascal Durand et Martine Lavaud (dir.), CONTEXTES [en ligne], 14 / 2014, https://contextes.revues.org/5904.

Mathieu, Dominique, « Dramaturgie des objets dans l’œuvre de Beaumarchais », L’Information littéraire, 2002/3, volume 54. n. 3.

Montandon, Alain (dir.), Dictionnaire du dandysme, Paris, H. Champion, 2016.

Orlando, Francesco, Les Objets désuets dans l’imagination littéraire, Paris, Classiques Garnier, 2010.

Planté, Christine, « La vie intellectuelle de l’enfant : entre le réel et l’impossible », Les Amis de George Sand, 2013, p. 43-64.

Poirier, Jean (dir.), « L’homme, l’objet et la chose », Histoire des mœurs, Folio, Gallimard, 1990, I, vol. 2.

Sanchez, Serge, La Lampe de Proust et autres objets de la littérature, Paris, éd. Payot & Rivages, 2013.

Seginger, Gisèle, De l’objet à l’œuvre, PU de Strasbourg, 1996.

Thuillier, Robert, Les Marionnettes de Maurice et George Sand, Paris, Hermé, 1998.

Usages de l’objet : littérature, histoire, arts et techniques, XIXe-XXe siècles, Marta Caraion (dir.), Seyssel, Champ Vallon, coll. « Détours », 2014.

En préparation :

Cahiers George Sand, n° 38, 2016, « Le vêtement et la mode dans l’œuvre de George Sand », François Kerlouégan dir.

Responsable(s) Celis :  Pascale Auraix-Jonchière

Équipe(s) de Recherche concernée(s) :  Lumières et romantismes

Date et lieu

  • du lundi 19 juin 2017 au jeudi 22 juin 2017 - lieu : MSH de Clermont-Ferrand et Nohant
[1] Comme l’écrit Hélène Catsiapis : « L’objet symbolise l’essence même du théâtre. Il est la théâtralité. C’est lui qui économise le narratif ». « Les objets au théâtre », Communication et langages, N° 43, 3e trimestre, 1979, p. 59.

[2] Beuchat Robin, « Deuil, mélancolie et objets. “Véra” de Villiers de L’Isle-Adam et Bruges-la-Morte de Rodenbach », Poétique 4/2004 (n° 140), p. 483-494.

[3] J.-L. Diaz et F. Kerlouégan, « Le siècle des choses », Le Magasin du XIXe siècle, 2012, N°2, p. 27.

[4] M. Caraion, « Objets », ibid., p. 31.

[5] [Simmel, 1999 : 27]. Bonnot Thierry, « Qu’est-ce qu’un objet précieux ? Au sujet d’un roman de Louise de Vilmorin », Ethnologie française 4/200 (Vol. 36), p. 723-733. (Vol. 36), p. 723-733. URL : www.cairn.info/revue-ethnolo….

[6] « Objets », art. cité., p. 31.

[7] En attestent certains documents contenus dans Les Carnets de cuisine de George Sand, éd. du Chêne, 2014.

[8] « Objets insignes, objets infâmes de la littérature », M.-È. Thérenty et A. Wrona dir., colloque international tenu à Paris du 19 au 20 novembre 2015, argumentaire scientifique disponible sur Fabula (http://www.fabula.org/actualites/ob…).