THÉORIES DE LA RÉCEPTION ET CINÉMA

10-11-12 février 2010

Salle 220 - 2e étage

MSH, 4 rue Ledru, Clermont-Ferrand

Direction scientifique : Christophe GELLY et Daniel ROCHE

Dresser le bilan des études sur la réception n’est pas chose facile quand il s’agit de littérature. Il semblerait que l’on peut distinguer dans ce domaine les critiques qui s’intéressent au public réel ancré dans un moment donné de l’histoire (Pour une théorie de la réception de H.R. Jauss) et ceux qui se concentrent sur l’œuvre elle-même et le lecteur qu’elle semble construire (The Implied Reader et The Act of Reading de Wolfgang Iser, Lector in Fabula d’Umberto Eco). Dans les études filmiques, la question de la réception s’est le plus souvent limitée à l’approche jaussienne (Interpreting Films : Studies in the Historical Reception of American Cinema et Perverse Spectators : The Practices of Film Reception de Janet Staiger), c’est-à-dire à une approche centrée sur la lecture des œuvres en tant qu’elle est déterminée par un contexte historique et socio-culturel donné, et non par la structure narrative ou le fonctionnement du film comme esthétique.

Ce colloque vise à proposer différentes approches de la réception (historique et esthétique) dans le but de concilier ces théories qui n’étaient pas contradictoires selon Jauss et Iser. Ce croisement des deux perspectives pourra s’appuyer sur plusieurs modèles d’interprétation, comme par exemple les grilles de lecture d’inspiration psychanalytique (sur les questions d’identification primaire et secondaire) ou cognitives. Les communications pourront porter sur des films et des œuvres littéraires de toute nationalité et de tout genre.

Trois directions-clés seront privilégiées dans ce colloque : tout d’abord, c’est la théorie à proprement parler qui sera abordée, dans une approche comparatiste visant à mettre en lumière similitudes et différences dans le champ de la réception entre littérature et cinéma, deux domaines qui devront être liés dans les propositions de communication qui seront soumises. On pourra également traiter de la spécificité du phénomène de la réception dans chacun de ces deux domaines, et de la possibilité ou non (voire de la pertinence) de leur mise en relation. En second lieu, on s’intéressera à la réception de la littérature par le cinéma, à travers cette lecture particulière que constitue l’adaptation cinématographique des textes littéraires. Le phénomène de l’adaptation (qui peut d’ailleurs fonctionner en sens inverse sous la forme de la « novellisation » de films à succès, procédé courant aujourd’hui) offre l’avantage de présenter un cas de réception (au sens de lecture) de l’œuvre adaptée que l’on peut analyser à la fois comme production artistique déterminée historiquement et idéologiquement par son contexte, et comme interprétation ayant valeur de commentaire sur l’œuvre source, associant ainsi les deux dimensions de la réception que nous avons présentées plus haut. Ce sont bien ces deux aspects seulement de l’adaptation, vaste champ d’études s’il en est, qui seront privilégiés, afin de rester dans le cadre d’une approche de la réception spécifiquement. Troisièmement, on abordera la question de la réception du cinéma par la littérature, afin d’évaluer les différentes modalités par lesquelles un écrivain peut interroger le rapport au cinéma (on pense à Jean Echenoz, notamment, et à la présence des références cinématographiques dans la construction de ses personnages) ou plus largement la présence du cinéma comme mythe intégré à la littérature (Joyce Carol Oates écrivant une biographie fictive de Marilyn Monroe, Jonathan Coe biographe lui aussi de Humphrey Bogart et de James Stewart, ou Ann Beattie construisant des intrigues présentées comme des films, dans My Life, Starring Dara Falcon). Cette question de la réception, par le spectateur, d’une fiction qui vient contaminer la réalité — le cinéma envahissant en quelque sorte le monde de la littérature — se voit redoublée par la présence du même questionnement sur les frontières entre mondes fictionnels au sein même du cinéma. Cette question apparaît clairement par exemple dans The Purple Rose of Cairo de Woody Allen, ou dans des films centrés sur des cinéastes et leurs rapports avec leur public, comme 8 1/2 de Fellini (Lynch et Almodovar seraient d’autres références pertinentes sur ce sujet bien entendu). Chacune de ces trois directions d’études devrait permettre de faire ressortir la richesse et la complexité du phénomène de la réception dans les deux domaines étudiés, la littérature et le cinéma.

Date et lieu

  • du mercredi 10 février 2010 au vendredi 12 février 2010 - lieu : MSH