Domicio Proença Filho, Capitou. Mémoires posthumes

Saulo Neiva

trad. Anne-Marie Quint, postface Saulo Neiva

Ouvrage publié avec le concours de la Fundação Biblioteca Nacional, du Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique (CELIS, EA 4280) et de la Chaire Sá de Miranda.


Et la parole est à l’accusée…


La parution du roman Capitou, mémoires posthumes, étonnant récit d’outre-tombe, rallume la polémique sur ces femmes condamnées au silence

Accusée de dissimulation et d’adultère par son mari, Capitou, femme du XIXe siècle, nous confie enfin sa propre version des faits : « Il a trop duré le temps où j’ai été jugée sans aucun droit de défense ! ». Contrainte au mutisme depuis des décennies, ce personnage mythique est remis en lumière grâce au talent romanesque de Domício Proença Filho. Elle peut enfin répondre au réquisitoire accablant de son mari, Me Bento Santiago. Ce roman fait ainsi résonner une voix audacieuse, nouvelle, aux timbres à la fois classiques et contemporains, ouvrant la voie à tant de personnages féminins murées jusqu’à nos jours dans le silence de nos préjugés.

Extrait de la postface :

Dans les Mille et une nuits, pour cause d’adultère, le roi Shahryar fait exécuter sa femme et prétend que toutes les autres femmes sont perfides. Par méfiance, le roi envisage le même châtiment pour chaque femme de son royaume. La délivrance ne devient possible que grâce au talent narratif de Shéhérazade, dont la parole fait cesser le massacre.

Accusée de dissimulation et d’adultère, Capitou ne se résigne pas non plus. Elle attend toutefois des décennies après sa propre mort pour enfin briser le silence. Son geste fonde un nouveau texte, qui lui s’appuie sur une expérience de lecture – celle du roman de Machado de Assis, Dom Casmurro – et vise à la transmission d’un point de vue sur cette lecture.

(…)

Shéhérazade et la Capitou de ces mémoires posthumes se distinguent catégoriquement de par leur rapport - d’imminence ou de postérité - à la mort. Leurs histoires ont toutefois au moins deux éléments en commun. Elles font de la parole un outil au service de leur ténacité et de leur résistance à la menace ; comme un corollaire de ce premier point commun, et contrairement à l’histoire de Pandore (…), nos deux héroïnes finissent par ne pas être rendues « coupables du malheur », malgré la menace de leur mari.

Extraits du roman :

« Ce n’est que maintenant, quand un temps humain si long s’est déjà écoulé, […] dans ces contrées où je demeure désormais, que je peux enfin contester les accusations portées contre moi par mon ex-mari, Me Bento Santiago. »

« J’avais donc vécu avec un être divisé, un homme qui avait d’ailleurs songé à nous tuer, nous, son fils et sa femme. Il n’est pas de métaphores, si élaborées soient-elles, capables d’adoucir la cruauté de telles pensées ni le silence dans lequel il les avait couvées. »

« Moi aussi, […] je mourus d’une pneumonie. Mais ce serait faux d’y voir le motif. En vérité, et je ne le révèle que maintenant, je mourus de nostalgie, à petit feu, non pas tant une nostalgie de Bentinho ou de qui que ce soit : je mourus de nostalgie de l’amour, l’amour qui m’avait nourrie depuis mon enfance, auquel j’avais été fidèle toute ma vie et que j’avais emporté avec moi dans ces contrées transies de froid. J’ai été une femme heureuse tant que j’ai aimé et que j’ai été aimée. »

Références

Paris, Envolume, coll. "Brésil",

ISBN 978-2-37114-051-6

Année de publication : mars 2017