Écrire L’illustration

MSH, 4 rue Ledru, Clermont-Ferrand - Amphi 220

Responsable : Joanna Augustyn

PRÉSENTATION

Cette journée d’étude a pour objectif de mettre en lumière les réactions des écrivains du XVIIIe au XIXe siècle face à l’illustration. Véhicule publicitaire du livre, les images ne cessent d’inspirer la critique dans tous les sens du terme. De Rétif de la Bretonne à Stéphane Mallarmé, en passant par les frères Goncourt, certains écrivains rejettent l’illustration tandis que d’autres se l’approprient comme nouvelle frontière du texte littéraire.

Dans un premier temps, le choix des illustrations par l’auteur pourrait être vu comme un geste auctorial visant une mise en scène du tableau romanesque ; ainsi Jean-Jacques Rousseau projette-t-il d’illustrer La Nouvelle Héloïse par des vignettes morales. Dans un deuxième temps, le débat autour de la hiérarchie des arts et leur influence les uns sur les autres, l’ut pictura poesis, renaît dans les écrits de Charles Baudelaire et de Théophile Gautier sur la gravure ainsi que dans la défense de la lithographie chez Charles Nodier. Par contre, « l’illustration », devenue synonyme de la célébrité à l’époque de la littérature panoramique comme le rappelle Philippe Hamon, en entraînant une vulgarisation, finit par inspirer une certaine iconophobie. Néanmoins, les évocations de l’art de l’illustration représenté par Jacques Callot chez les Romantiques ou encore par Gustave Doré chez Villiers de l’Isle-Adam montrent que les textes littéraires rouvrent le débat. Ces références seraient-elles une autre manière pour les écrivains de « s’illustrer », ou de valoriser la scène d’écriture, comme l’évocation des maîtres italiens chez les artistes français du XIXe siècle étudiée par Francis Haskell ? Dans un troisième temps, l’évolution de l’illustration mettra fin au dialogue classique entre le texte et l’image. Si au départ, les Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France et les Sonnets et eaux-fortes témoignent d’une collaboration réussie entre graveurs, dessinateurs et écrivains, avec l’invention de la photographie, les arts se déclarent ouvertement la guerre. À la fin du XIXe siècle, la photographie comme l’illustration la plus parfaite du texte fait rêver un certain M. Van Pusch dans une enquête pour le Mercure de France : « Le roman futur croyez-moi, se servira de la photographie […] l’illusion nécessaire, loin de s’échapper, de se perdre, de s’évanouir, prendra forme légère, s’agrandira dans le Livre, aura même du relief au stéréoscope si vous voulez du relief ». À Stéphane Mallarmé d’y répondre en faisant écho au ceci tuera cela de Victor Hugo : « Je suis pour — aucune illustration […] que n’allez-vous droit au cinématographe, dont le déroulement remplacera, images et texte, maint volume, avantageusement » (janvier, 1898). Mallarmé, bien avant Roland Barthes dans son analyse du panneau publicitaire, envisage le renversement du rapport traditionnel entre le texte et l’image. En définitive, à l’avenir le message verbal sera « happé en quelque sorte par le message iconographique » (L’obvie et l’obtus). Or certains genres à la frontière du visuel et de l’écrit posent déjà le problème de la photographie. Lorsqu’un écrivain comme Hugo ou Zola illustre son manuscrit, comment ces images s’inscrivent-elles dans la dynamique de son œuvre ? Les dessins d’écrivains réclament l’attention critique comme œuvres à part entière et sources même de la production littéraire. D’une toute autre manière, les emblèmes, genre repris de la Renaissance, et l’album, genre annonciateur des modes de l’écriture moderne, proposent-ils un nouveau dialogue entre le texte et l’image ? Cette journée d’étude se propose de revenir sur les témoignages des écrivains entre deux siècles au sujet de l’illustration et du geste de l’illustrateur. Les champs d’exploration incluront les réactions des littéraires à l’évolution des techniques de l’illustration à leur époque, les correspondances entre écrivains et leurs illustrateurs ainsi que l’illustration ou l’illustrateur in diegesis dans sa fonction narrative au sein de l’œuvre littéraire.

PROGRAMME

Vendredi 3 juin

9 h 00 Jean-Pierre Dubost, Université Blaise Pascal – Discours d’ouverture

9 h 30 Ann Lewis, University of London, UK, « Écrire l’illustration ? les rapports de force entre texte, légende et image dans deux séries de gravures pour La Nouvelle Héloïse »

10 h 00 Michel Termolle, H. E. Condorcet, Belgique, « ’On ne doit point expliquer ce qui est clair’, Jean-Jacques Rousseau à propos d’Émile »

10 h 30 Christina Ionescu, Mount Allison University, Canada, « Discours sur ‘les charmes de la typographie et de la gravure françaises’ : les remarques de Bernardin de Saint-Pierre à propos des planches de Paul et Virginie »

PAUSE

11 h 30 Aurélie Zygel-Basso, Université du Québec à Trois-Rivières, Canada, « Vendre les ‘Musées de papier’, Textes de fabricants pour le papier peint à sujet littéraire vers 1800 »

12 h 00 Lise Sabourin, CEMLA, Université de Nancy, « Les illustrations du théâtre de Dumas fils »

DÉJEUNER

14 h 00 Stéphanie Boulard, Georgia Tech University, USA, « Sub re/sub umbrâ : les doubles fonds des Travailleurs de la mer »

14 h 30 Sonya Clare Stephens, Indiana University, USA, « Les images à la lettre : graphisme et éditions illustrées des Fleurs du Mal »

15 h 00 Diana Schiau-Botea, Rutgers University, USA, « La figuration dans Un coup de Dés jamais n’abolira le Hasard de Stéphane Mallarmé »

PAUSE

16 h 00 Jonathan Devaux, Université Paul Valéry Montpellier III/Vrije Universiteit, Bruxelles, « Écrire l’illustration satirique : filiations et stratégies dans L’Agonie d’Albion (1901) d’Eugène Demolder et Claire Demolder-Rops »

16 h 30 Virginie Iché, CREA, Université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense, « Lire la relation texte / illustration dans les Alice books de Lewis Carroll : ’La question […] est de savoir qui sera le maître’ »

17 h Clément Dessy, Université Libre de Bruxelles, « Une inversion pour un Art nouveau : Les Vierges et Les Tombeaux illustrés textuellement par Georges Rodenbach »

Pot de clôture

Responsable(s) Celis :  Joanna Augustyn

Équipe(s) de Recherche concernée(s) :  Lumières et romantismes

Date et lieu

  • le vendredi 3 juin 2011 - lieu : MSH Clermont-Ferrand, 220