Séminaire des doctorants

Le but de ces séminaires est de créer et maintenir une vraie synergie entre les doctorants du CELIS. Des rencontres régulières, selon le principe de work in progress, sont prévues durant lesquelles les participants seront amenés à s’exprimer sous différentes formes (communication, compte rendu d’ouvrage critique, lectures croisées, présentation d’un chapitre de la thèse).

Lieu des séances : MSH Clermont, salle 311.

Contact

Caroline Crépiat, Gheorghe Derbac, Grégory Bouchaud : doctorants.CELIS@gmail.com

Programme 2014

Mercredi 22 janvier, 17h30 - 19h30

- Triki Wiem, « La réécriture du mythe de la création dans le théâtre français du Moyen Age ».

"La production littéraire médiévale s’inspire du texte biblique. La première pièce de théâtre écrite en langue vernaculaire, à savoir Le Jeu d’Adam, est une transposition du mythe du péché originel. Nous proposons d’étudier les procédés de réécriture du texte de la Genèse à partir d’un angle structuraliste et de montrer que cette adaptation théâtrale est très influencée par le contexte socioculturel médiéval."

- Yoann Sarrat, « Guerre et écritures d’une désorganisation : les "bordels" de Pierre Guyotat ("Tombeau pour cinq cent mille soldats") et Jean Genet ("Les paravents") ».

À partir de deux œuvres, Tombeau pour cinq cent mille soldats de Pierre Guyotat et Les paravents de Jean Genet - toutes deux composées dans les années 60 - nous nous proposons d’analyser les modalités et processus d’écriture d’une désorganisation guerrière à travers l’utilisation du motif polysémique du bordel, devenant un véritable décor, un theatrum mundi, porteur d’une grande poétique et d’une littérarité.

- Seyedeh Fatemeh Hosseini Mighan, « L’Orient poétique d’Annemarie Schwarzenbach ».

« Un auteur maudit, parangon de bien des révoltes à venir. Une jeune femme étonnement moderne, aussi douée pour la poésie que pour l’action », voici comment Serge Sanchez présente Annemarie Schawrzenbach (1908 – 1942).

Écrivain, journaliste, photographe et archéologue suisse, Annemarie Schawrzenbach, fuyant la guerre déclenchée en elle et celle qu’elle sent venir en Europe, quitte Genève en 1933 pour aller découvrir l’Orient à la recherche d’une voie intérieure, en quête d’une nostalgie de l’Absolu.

L’Orient devient ainsi pour elle « l’égarement existentiel de l’être humain ». À travers ses récits objectifs de voyage, nous découvrons aussi son style lyrique et poétique mêlés à ses réflexions existentielles. Par son style singulier, elle crée son Orient de l’écriture dans lequel on peut voir les reflets de son errance.

Mercredi 12 février, 17h30 - 19h30

- Marlène Barroso, « Toni Morrison et le masque percé de la fiction ».

« Considérer Toni Morrison comme une auteure des marges peut paraître étonnant lorsque l’on connaît sa renommée internationale et les prix prestigieux qu’elle a reçus. Mais, comme le rappelle Monica Michlin dès la première page de sa thèse consacrée à Toni Morrison et les voix interdites, "il ne faut pas oublier que les honneurs peuvent avoir pour but de neutraliser les voix trop subversives : on peut étouffer un discours non par le bâillon, mais sous l’accumulation des lauriers." Écrire pour Toni Morrison, c’est résister, c’est rejeter le silence imposé par l’Histoire, c’est "le symbole du refus de disparaître" (Paré, 2001 : 25-26). Pour lutter contre l’oubli, elle utilise la fiction qu’elle façonne comme un masque capable de refléter la réalité et de donner voix à la communauté africaine américaine. Mais ce masque est lui-même in-formé par la réalité qui le crible des marques de l’indicible. »

- Andreea Voicu, « Les personnages de Marie NDiaye : entre normalité et étrangeté ».

« L’univers foisonnant des œuvres de Marie NDiaye est enveloppé dans une étrangeté subtile qui transforme irrémédiablement la normalité du monde. Les personnages qui peuplent cet univers sont, à la fois, familiers et déconcertants. Le portrait des héros est en permanente mutation et aucun trait - moral ou physique - ne semble figé ; ni même l’humanité. Notre communication sera basée surtout sur l’apparence physique des personnages, envisagée dans la dialectique de la beauté et de la laideur. »

- Ilsiona Nuh, « Le fiancé de Marie : l’érotique sacré dans les Miracles de Nostre-Dame par personnages ».

« La visée de cette communication est d’abord de présenter les pièces dramatiques des Miracles de Nostre Dame par personnages et par là de donner une idée de l’activité théâtrale du XIVè siècle, qui, par ses spécifiques met en question le genre du théâtre, pousse ses bornes au delà de la scène, et le met au cœur de la société. L’activité théâtrale à cette époque, est liée inextricablement avec le mouvement de la bourgeoisie et la vie de l’Eglise. L’union de ces deux institutions sous l’égide de la littérature va créer une production liturgico-littéraire, qui, d’une part enrichit la figure hiératique de Marie, la vedette de ces pièces dramatiques, et, de l’autre part, renouvèle la littérature vernaculaire mariale par une nouvelle image peinte de courbes pieusement érotiques. »

Mercredi 19 mars, 17h30 - 19h30

- Warda Derdour, « La caricature politique chez Chawki Amari ».

« Vers la fin des années 1990, des journalistes de la presse écrite algérienne prennent l’initiative de contribuer à la réussite littéraire du roman maghrébin et algérien. Ces journalistes et chroniqueurs rédigent des textes qui s’inspirent de leurs chroniques. Les thèmes traités sont des éléments qui forment l’identité, la culture et la réalité algériennes et des questions qui touchent à la fois le passé des Algériens, leur présent et leur avenir. Parmi cette nouvelle génération d’écrivains-journalistes, citons Kamel Daoud et Chawki Amari. L’un est journaliste chez Le Quotidien d’Oran, l’autre est chroniqueur chez El Watan. Bien qu’ils abordent les mêmes thèmes, leurs textes restent relativement différents. Alors que Kamel Daoud semble plus emporté par ses convictions idéologiques et politiques, et décrit explicitement et sans scrupule la crise sociopolitique en Algérie, Chawki Amari préfère utiliser des procédés d’écriture relatifs au comique et au genre fantastique afin d’apporter une certaine littérarité à ses chroniques, une écriture fascinante et originale qu’on perçoit notamment dans ses romans et nouvelles. »

- Monia Ben Jalloul, « L’esthétique de l’enchevêtrement énonciatif dans W ou le souvenir d’enfance de George Perec ».

« Cette communication sera consacrée à l’étude de la narration et de l’entrelacement des instances narratives dans W ou le souvenir d’enfance de George Perec. Le titre W ou le souvenir d’enfance possède une fonction programmatrice. Il préfigure la division du récit et le principe de déboulement s’affiche avec la lettre « W » symbole de gémellité. Ce titre annonce que l’œuvre possède une double entrée : le lecteur ne peut s’arrêter sur un choix définitif. Cette double entrée se retrouve au niveau narratif de l’œuvre.

Dès lors, c’est dans l’intersection des deux textes que le véritable sens de l’œuvre pourra se révéler. Cette tâche assignée au lecteur va dynamiser sa lecture et le forcer à accepter une contrainte qu’il doit dépasser. Tout d’abord, il faudra aller au-delà des caractéristiques syntaxiques et rythmiques qui différencient les deux séries. Puis, il faudra rétablir les ponts sémantiques et stylistiques que tissent les deux volets (fictif et autobiographique) de l’œuvre. Le lecteur doit lire en alternance deux narrations opposées tout en essayant de reconstruire une certaine unité énonciative.

Comment interpréter et analyser les différentes instances narratives de W ou le souvenir d’enfance ? Quel est l’intérêt de déstabiliser la narration et d’obliger le lecteur à une lecture alternée pour ensuite faire apparaitre des échos qui relient les deux volets fictif et autobiographique ? C’est à ces interrogations que nous donnerons des réponses. »

- Mouna Zaghdene, « Les bornages textuels dans les récits de Le Clézio (Désert, Mondo et autres histoires). Stratégies de l’incipit et de la clausule »

« L’incipit de Le Clézio, autant dans le roman que dans la nouvelle, est marqué par une sorte d’imprécision délibérée et fonctionnelle. Une imprécision qui produit une dramatisation immédiate, au moyen d’un début in medias res. Le lecteur est d’emblée jeté dans l’action sans éléments introductifs explicites. Cet incipit suppose qu’il y a un "avant" texte qui n’est pas dévoilé, mais sous-entendu par une voix extra-discursive qui semble parler pour toujours et plonge le lecteur dans un monde qui est déjà là. Cette modalité d’ouverture peut être lue comme une annulation de la particularité de l’histoire qui se déroule. Elle est le signe d’une volonté d’inscrire le récit dans une mémoire cognitive commune à l’auteur et au lecteur. L’auteur recourt à une stratégie de coopération au moyen d’une entrée fictive dynamique : in medias res. Le lecteur est entraîné immédiatement dans la quête de la vérité qui le pousse plus loin dans le texte et l’incite à poursuivre la lecture. Cette quête de l’énigme serait-elle résolue à la dernière page ?

Si le début est souvent un leurre dans l’écriture Le Clézienne, la clôture l’est systématiquement. Les fins des récits de Le Clézio arrivent comme une survenance non comme un aboutissement prévisible d’un cheminement régulier. Elles ouvrent la voie à plusieurs explications et constituent une suite logique d’opérations interprétatives. On découvre dans les clôtures des nouvelles : Mondo, La Montagne du Dieu vivant, Peuple du ciel, Hazaran, Les Bergers, Celui qui n’avait jamais vu la mer, La roue d’eau, Lullaby, et celle du roman Désert, certaines constantes thématiques, comme celle du mouvement qui prend la double forme tantôt de la fuite, de la quête, tantôt du retour. Grâce à ce mouvement, Le Clézio conjure l’immobilité de la parole. D’où la volonté de l’auteur d’enjamber les frontières du récit pour maintenir la vie dans l’aprés-texte.

La "Clausule ouvrante" pour reprendre le fameux oxymore de Philippe Hamon, du récit leclézien permet à la voix narrative d’habiter l’espace du texte même au-delà de sa disparition. La phrase finale ne s’éteint pas, elle se prolonge en écho qui résonne et s’étend derrière les limites textuelles. »

Mercredi 9 avril, 17h30 - 19h30

- Fatma Bouattour, « Le rythme rhétorique dans la poésie de Paul Eluard ».

Le rythme métrique et le rythme rhétorique ont toujours été associés dans les traditions poétiques. Si le rythme métrique y demeure la base, le rythme rhétorique est considéré comme un élément essentiel dans la construction du poème. La répétition, à titre d’exemple, est une marque de poéticité. En effet, les figures de répétition ont toujours été génératrices de rythme dans la poésie traditionnelle. Mais elle dépasse rarement le statut de procédés d’accompagnement. Le rythme métrique ayant toujours le dessus. Mais dans la poésie d’Eluard, métrique et rhétorique peuvent se permuter les rôles. Tantôt le rythme métrique s’impose, tantôt le rythme rhétorique domine. Il arrive aussi qu’ils fonctionnent en une complète harmonie.

- Gheorghe Derbac, « L’intergénérationnel malaisé : George Sand et ses "héroïnes/héros malades" ».

Le cataclysme révolutionnaire français de 1789 a « accouché d’une société atomisée en individus solitaires » dit Claude Millet dans Le Romantisme (2007, p. 101). De cette manière, les repères par rapport auxquelles l’individu s’identifiait jusqu’à ce moment-là tels que « la famille, la paroisse, les corps de métier, les « conditions » (Id.) disparaissent ou du moins, sont sérieusement périclités. L’analyse de quelques œuvres sandiennes tâchera d’appréhender la représentation qui est faite par George Sand des liens qui unissaient l’individu à la cellule familiale jusqu’à cette époque-là, et qui semble ne plus fonctionner. Nous observerons comment l’auteur s’approprie le « mal de siècle » et aussi comment elle essaie de le dépasser car, dans un monde qui semble dépourvu d’idées ou d’idéaux fédérateurs, c’est-à-dire celui de la première moitié du XIXe siècle, George Sand expérimentera d’autres pour réparer les “dégâts” révolutionnaires.

- Lucie Tiravy, « La réserve dans la poésie d’Emily Dickinson ».

Emily Dickinson est une poète américaine du 19ème siècle, contemporaine du barde de l’Amérique, le célèbre poète qui déclamait la puissance et la beauté de la jeune nation dans Feuilles d’herbes, Walt Whitman. Si la renommée de ce dernier est comparable à celle d’un Victor Hugo en France, il n’en est pas de même pour Emily Dickinson. Ayant pourtant écrit une œuvre colossale, 1775 poèmes auxquels s’ajoute toute la correspondance, la poète reste méconnue du grand public étranger alors que ses poèmes font partie des programmes scolaires outre-Atlantique. Mais qui connaît aujourd’hui les plus grandes poètes de notre patrimoine littéraire au sens large ? La mise au silence de la voix des femmes dans notre société patriarcale a condamné les écrivaines à une existence en marge, dans le fond de la scène, à l’arrière-plan du tableau.

Dans la poésie d’Emily Dickinson cette condamnation à la marge se dessine dans une parole qui veut dire la vérité de l’être sans prétention, sans ostentation ni insolence provocatrice. Une démarche que l’on peut facilement opposer au “I celebrate myself, and sing myself,” de Walt Whitman par exemple. Si l’on peut aussi parfois entendre la voix de la révolte au travers de la poésie de Dickinson, c’est toujours sur le mode de la discrétion, par le biais du « montrer-cacher » [1], une tactique qui semble être le fondement de l’esthétique dickinsonienne et qui relève de la « réserve » en tant que « qualité qui consiste à ne pas se livrer indiscrètement, à ne pas s’engager imprudemment » [2] .

1. Cette expression est empruntée à Christine Savinel in Emily Dickinson…, op. cit., p.101.

2. Alain Rey (dir.), Le Grand Robert de la Langue Française, Paris, Le Robert, 2001, T.5, p. 2000


Programme 2013

Mercredi 23 janvier, 17h30 - 19h30

- Caroline CRÉPIAT, « Le sujet lyrique chez les poètes du Chat Noir : une figure du fumisme ».

Résumé de la communication :

En cette période fin-de-siècle, le lyrisme est en crise ; il s’agit donc pour les poètes du Chat Noir de repenser la question du sujet et de son inscription au cœur de l’énonciation lyrique. Non contents d’aller à rebours des conventions du lyrisme en en ébranlant les fondements par la parodie, le démantèlement et la profanation des formes traditionnelles et des schémas convenus, ils font subir au sujet lyrique l’épreuve d’un décentrement en l’adaptant à l’esthétique dont ils se réclament : le fumisme. Le sujet lyrique chatnoiresque semble ainsi nourrir l’articulation entre lyrisme et fumisme, et même en constituer un principe structurel. Ainsi, nous nous proposons d’étudier l’usage du sujet lyrique non seulement en tant qu’il est remodelé selon l’esthétique fumiste, mais aussi comme figure de rhétorique, déclinant non pas l’identité d’un moi mais les procédés stylistiques de l’écriture fumiste, avant d’interroger ses capacités fumigènes, entre opacité et vacuité.

- Grégory BOUCHAUD, « L’inné et l’acquis : une dichotomie lyrique ? ».

Résumé de la communication :

En réaction à l’influence didactique d’Hésiode et quelques décennies avant que Socrate demande si la vertu peut s’enseigner, la lyrique de Pindare met fréquemment en scène une antithèse entre les qualités naturelles et l’éducation ; la tradition critique a surtout retenu que les éloges du poète glorifient la transmission « génétique » de l’excellence. Quelle place il faut accorder aux dons innés par rapport à l’apprentissage extérieur ? Voilà une question qu’on retrouve dans les odes les plus politiques d’Horace : pour savoir s’il convient d’en faire un lieu commun générique, cette communication se propose d’explorer comment cette antithèse se présente, avec toutes ses nuances, chez chacun de nos deux auteurs lyriques.

- John GAMGEE, « Écrire sous l’apartheid ».

Résumé de la communication :

"L’apartheid a été mis en place en Afrique du Sud en 1948 et démantelé en 1994. Quelle était la place des écrivains pendant cette période ? Qui a écrit quoi, et comment ? Quelles étaient/sont les « responsabilités » éventuelles d’un écrivain sous un tel régime ? Après avoir donné un bref aperçu du système politique de cette période et les possibilités ouvertes aux écrivains de toute « confession », nous pourrons nous interroger sur la place de l’écrivain sous d’autres régimes (totalitaires ou non), à d’autres époques et dans d’autres pays, et plus généralement sur ce qu’on nommait jadis (et nommons toujours ?) la « littérature engagée »."

Mercredi 13 février, 17h30 - 19h30

- Wanda DERDOUR, « Le fantastique dans la nouvelle « 3° Est » de Chawki Amari ».

Résumé de la communication :

Au cours des années 1990, l’Algérie connut une situation dramatique : la guerre civile et le terrorisme. C’était la décennie noire. Quelques années plus tard, un nombre d’écrivains prennent l’initiative d’écrire cette tragédie et révéler les dessous d’un conflit qui a causé la souffrance de tout un peuple. Parmi ces écrivains, un journaliste algérien décide de se consacrer à l’écriture littéraire afin de raconter cette guerre, mais aussi de décrire le malaise algérien suite à de nombreuses crises socio-politiques.

Cet écrivain s’appelle Chawki Amari et son œuvre est particulièrement différente des formes littéraires précédentes puisqu’il utilise un style d’écriture qui relève du comique et du fantastique.

Parmi ses textes les plus intéressants, sa nouvelle intitulée « A trois degrés, vers l’Est »qui raconte le voyage de deux Algérois vers le Sud de l’Algérie. Nous tenterons à travers notre exposé de raconter l’histoire de ces deux personnages mais surtout de révéler les différents procédés d’écriture qui se rapportent au fantastique dans cette nouvelle.

- Gheorghe DERBAC, « La tentation suicidaire et le suicide dans quelques romans de George Sand ».

Résumé de la communication :

Dans Histoire de ma vie, George Sand dit : « Ma mélancolie devint donc de la tristesse, et ma tristesse de la douleur. De là au dégoût de la vie et au désir de la mort il n’y a qu’un pas. Mon existence domestique était si morne, si endolorie, mon corps si irrité par une lutte continuelle contre l’accablement, mon cerveau si fatigué de pensées sérieuses trop précoces, et de lectures trop absorbantes aussi pour mon âge, que j’arrivai à une maladie morale très grave : l’attrait du suicide ». (Paris, Quarto Gallimard, 2004, p. 1066).

Nous verrons que la même « maladie »touche beaucoup de ses personnages de roman, dont certains se limitent à la simple réflexion autour du suicide et d’autres sont tentés et choisissent la mort pour diverses raisons. Après un bref aperçu historique sur le suicide, nous concentrerons notre attention sur quelques exemples tirés de l’oeuvre sandienne écrite avant 1848 afin de mettre en évidence les facteurs de cette fascination pour la mort volontaire et éventuellement trouver une typologie du suicide chez l’auteur.

Mercredi 13 mars, 17h30 - 19h30

- Fatma BOUATTOUR, « Tradition et renouveau dans la versification de Pau Eluard dans Capitale de la douleur ».

Résumé de la communication :

"La dualité "Tradition et Renouveau" marque toute la poésie de Paul Eluard. La versification n’y échappe pas. "Le classique des temps modernes" met en place une versification d’une complexité marquante. Nous essaierons de montrer que malgré le règne du vers libre, la métrique traditionnelle demeure omniprésente dans la poésie de Paul Eluard et notamment dans Capitale de la douleur. L’étude que nous allons mener est une étude stylistique. Les études linguistiques et métriques du vers nous serviront à mieux cerner la question, mais ne seront ni la base ni la finalité de notre travail. Ce qui nous intéresse le plus est de savoir comment la structure du vers ou des vers pourrait être interprétée stylistiquement et contribuer ainsi à l’élaboration d’une ou de plusieurs lectures de la poésie de Paul Eluard ".

- Marc AGUIÉ, « Alain Robbe-Grillet en couleurs ».

Résumé de la communication :

C’est une appellation bien connue sous l’expression d’école du regard, qu’il est convenu généralement de rassembler les écrivains ayant prêté allégeance, d’une manière ou d’une autre, au Nouveau Roman, bien que : « ce ne [soit] pas pour désigner une école, ni même un groupe défini et constituer d’écrivains qui travailleraient dans le même sens ; il n’y a là qu’une appellation commode englobant tous ceux qui cherchent de nouvelles formes romanesques, capables d’exprimer(ou de créer) de nouvelles relations entre l’homme et le monde, tous ceux qui sont décidés à inventer le roman, c’est-à- dire à inventer l’homme […] ». En cela, presque toutes choses qui se remarquent chez Robbe-Grillet, le « Pape » du Nouveau Roman, n’ont d’autre destination perceptive que l’œil. Ainsi, l’auteur des Gommes admet en la couleur l’une des réactions les plus évocatrices des choses à l’attaque de la lumière et de l’obscurité respectivement.

Mais dans l’expérience visuelle, figurent des associations mentales, où le déploiement d’un nuancier personnel de qualités intègre l’imaginaire littéraire. Autrement dit, comment les personnages de Robbe-Grillet revivent-ils la couleur ? Comment engendre-t-elle l’écriture ?

- Seyedeh Fatemeh HOSSEINI MIGHAN, « Le mythe de la femme orientale dans les récits des voyageurs français au XIXe siècle ».

Résumé de la communication :

Le XIXe siècle est la grande époque de l’orientalisme, du voyage et de l’exotisme. Une grande partie du mythe oriental est lié à la femme. « Vierge et séduite, abandonnée puis reprise, disponible toujours, amoureuse aussi, voluptueuse même, prête à tous les jeux, à tous les caprices, et enfermée au profit d’un homme ! ». Ainsi est rêvée la femme orientale au XIXe siècle selon les mots de Colette Juillard dans son livre Imaginaire et Orient. (Paris, L’Harmattan, 1996, p.189).

De quels messages sont porteuses toutes ces femmes décrites au harem, au bain ou au bazar ? Pourquoi et comment ces femmes censées être cachées et voilées sont-elles dévoilées aux lecteurs au sens propre et figuré ?

Pour aborder ce sujet nous essayerons dans un premier temps de définir deux termes : le mythe et l’Orient puis nous tenterons de souligner le dénominateur commun ressortant d’une étude des récits de voyage de cette époque au sujet des femmes orientales.

Mercredi 3 avril, 17h30 - 19h30

- Marlène BARROSO, « "Au commencement, il y avait le Son" : origine et oralité chez Toni Morrison ».

Résumé de la communication :

Aux États-Unis, les esclaves qui ont été arrachés à l’Afrique font l’expérience d’un déracinement culturel. Mis en marge de la société américaine, ils font partie des minorités silencieuses qui n’ont aucun ancrage dans ce « Nouveau Monde » aux antipodes de leur terre d’origine. Pour dépasser cette déchirure identitaire, les esclaves et leur descendance vont devoir créer une nouvelle identité culturelle à la croisée de ces deux mondes. La culture afro-américaine entretient ainsi un rapport privilégié à l’oralité, héritée des traditions africaines, qui va servir à subvertir les codes culturels américains. Toni Morrison illustre cette subversion en réécrivant la phrase de l’Évangile de Saint Jean : « Au commencement, il y avait le son. » Le verbe n’est plus la figure d’autorité de la langue. Il devient un outil révélateur de l’écho de voix ancestrales qui résonnent jusqu’à nous au creux de l’œuvre.

- Saket Walid, « Le dialogisme dans Les Fleurs du Mal et Le Spleen de Paris de Baudelaire ».

Résumé de la communication :

Il s’agit de penser l’œuvre baudelairienne dans la perspective dialogique telle qu’elle a été théorisée par Bakhtine. En effet Les Fleurs du Mal et Le Spleen de Paris sont bel et bien ouverts à l’altérité. L’autre, pour Baudelaire ce sont ses personnages et ses figures mythologiques et allégoriques avec qu’il entretient des rapports interactifs et interdépendentiels pour pouvoir se comprendre, s’auto-analyser et se positionner par voie de conséquence dans le monde. Baudelaire a entrepris une quête de la vérité de soi et du monde à travers son personnage. A la manière de Dostoïevski, son texte est une pluralité de voix incarnées par ses personnages et ses figures qui ont l’air d’être des instances bénéficiant d’une certaine liberté et d’une autonomie de fonctionnement voire des instances qui parfois se détachent et se dissocient du monopole du poète pour lui permettre d’appréhender soi et le monde d’une façon objective. L’œuvre baudelairienne est donc l’espace propice à une polyphonie exotopique au sens bakhtinien puisqu’elle présuppose que le « moi »du poète s’ouvre au « soi » de l’autre –son personnage- jusqu’à s’identifier à ce dernier pour enfin faire le retour à soi d’une manière plus objective et plus efficace .Le poète envisage ses créatures fictives comme des alter ego avec qui il dialogue pour échapper à son monologue psychologique douloureux .Ce rapport dialogique renvoie aussi au dédoublement de l’être baudelairien qui trahit ,en vérité, une « incapacité d’être » pour reprendre l’expression de Georges Poulet. Il tente de résoudre ses maux en l’autre que son ses personnages et ses figures et de cerner son identité plurielle et complexe suivant une esthétique de dépersonnalisation. Notre analyse débouche sur un constat important. En effet, le dédoublement et l’esthétique de la dépersonnalisation adoptés par le poète dans sa quête initiatique aboutissent à l’échec. Celui-ci ne retient au bout du compte qu’une image fragmentée et effritée de son moi océanique.

Mercredi 7 mai, 17h30 - 19h30

- Alexandre COLY, « La poétique du colonisé chez quelques poètes de la Négritude en Afrique lusophone ».

Résumé de la communication :

L’objectif de cette communication est d’évoquer l’héritage d’Aimé Césaire et sa réception chez quelques poètes d’Afrique lusophone : Agostinho Neto, Sagrada esperança, Noémia de Sousa, Sangue negro, José Craveirinha, Xigubu. Pour ce faire nous définirons tout d’abord le concept de Négritude, en privilégiant l’idéologie et la poétique de la révolte chez Aimé Césaire, en nous appuyant sur le Cahier d’un retour au pays natal et le Discours sur le colonialisme. Nous explorerons ensuite la question assez complexe du colonisé, voire de l’esclavage qui sous-tend la poétique de la révolte chez Aimé Césaire. Enfin, il s’agira de montrer comment les poètes d’Afrique lusophone, cités plus haut, se sont appropriés l’héritage césairien, en abordant en filigrane la question du dominé – colonisé.

- Nathanaël LOUBOVE, « Barbey d’Aurevilly contre le réalisme : une "guerre sainte" ? ».
- Jules EKOME OTSAGA, « L’image de la ville dans le roman français et francophone de la fin du XXe siècle ».

Résumé de la communication :

Lorsque les écrivains abordent la trame thématique de la ville, la question de la marginalité apparaît toujours. Car, l’univers urbain en tant qu’espace, est taxinomique par essence. Autrement dit, il classe le plus souvent ses habitants en fonction de leurs communautés et de leurs aspirations.

Notre communication, axée sur le sujet de la marginalité veut mettre en exergue deux types [différents] de marginalités. Une marginalité que l’on pourrait qualifier de « voulue » ; tant le personnage décide de son propre chef de s’extirper d’une ville qu’il exécrée, et une autre qu’on pourrait qualifier d’ « imposer », en raison de l’héritage, sinon la prolongation d’un schéma : habitations esclaves/ habitations des colons, hérité du temps de l’esclavage, du temps du travail dans les champs de cannes à sucre.

Ces deux variantes de la marginalité sont respectivement articulées dans Le Procès-verbal de J.M.G. Le Clézio et Texaco de Patrick Chamoiseau qui constituent le corpus essentiel de notre communication.

Programme 2012

Mercredi 12 décembre, 18 h - 20 h

- Denisa Craciun : Le « work in progress » dans l’« œuvre ouverte » d’Umberto Eco

Résumé de la communication :

"Umberto Eco affirmait au début des années 1960 que toute « œuvre d’art, alors qu’elle est forme achevée et « close » dans sa perfection d’organisme exactement calibré, est « ouverte » au moins en ce qu’elle peut être interprétée de différentes façons sans que son irréductible singularité en soit altérée ». Une « œuvre ouverte » est un « objet-message » qui invite son lecteur-interprète à faire l’œuvre avec l’auteur. Une telle œuvre exige de son interprète « une réponse personnelle et créatrice », capable de « la faire revivre », de la « réinventer ». Paradoxalement, ce type d’œuvre est un « infini » englobé dans le « fini », il est un système asymptotique, toujours en train de se réaliser, d’évoluer, de s’enrichir. Umberto Eco fera du concept d’ouverture, un principe de sa création narrative de plus tard. Je propose de montrer que chez Umberto Eco l’œuvre narrative est une « production artisanale » qui parle elle-même de sa fabrication. Mon analyse s’articule autour de la réflexion énonciative dans les récits fictionnels d’Umberto Eco. En suivant la définition de la « mise en abyme de l’énonciation » offerte par L. Dällenbach dans son Récit spéculaire, je propose un focus sur les segments textuels susceptible à réfléchir l’œuvre à faire ou en train de se faire."

Mercredi 1er février, 18 h - 20 h
- Caroline Crépiat : Le sujet lyrique chez les poètes de la revue du Chat Noir comme enjeu paradoxal de différenciation poétique.

Résumé de la communication :

La fin du XIXe siècle marque le déclin de l’autorité du sujet lyrique et son étiolement vers sa « disparition élocutoire » (Mallarmé). Toucher au sujet lyrique, fondement de l’écriture poétique, revient à remettre en cause la poésie lyrique officielle et ses normes. Les poètes d’une revue d’avant-garde comme celle du Chat Noir (1882-1897), créée par Rodolphe Salis pour assurer la promotion de son cabaret artistique montmartrois, s’inscrivent donc dans ce dynamisme de démantèlement par le biais notamment de décentrements, subversions, dilatations. Malgré ce (mauvais) traitement du sujet lyrique, on note sa présence récurrente et permanente au fil des publications. Sa préservation dans les poèmes d’une revue collective peut ainsi laisser penser à une stratégie de différenciation : le sujet lyrique semblerait constituer au Chat Noir une manière paradoxale d’insuffler au cœur des poèmes eux-mêmes une singularité poétique.

- Grégory Bouchaud : Fonction de la prétérition chez Horace. Exemplier.

Résumé de la communication :

Comment formuler un éloge aux puissants tout en prétendant ne pas pouvoir le faire ? Comment rappeler qu’il convient de ne pas transgresser les limites génériques fixées par la tradition et cependant pratiquer l’émulation de styles défendus ? Des analyses textuelles (Odes I,6 ; II,1 ; III,3 ; IV,2) seront l’occasion d’observer les jeux de dissimulation de l’intention auctoriale et les tactiques de détournement des instances énonciatives chez Horace. Nous ébaucherons finalement quelques pistes de réflexion sur les fonctions de la prétérition, sous ses quatre formes (récusation, délégation, pastiche, délibération), dans une perspective sociopoétique.

Rapporteur : Gheorghe Derbac

Mercredi 29 février, 18 h - 20 h
- Lucie Lavergne : Inventions et métamorphoses de la poésie visuelle au XXe siècle.

Résumé de la communication :

La communication a pour objet les continuités et les métamorphoses des formes de calligrammes inventées et développées pendant les avant-gardes (1910-1920), reprises et transformées durant les années 1970, âge d’or de la "Poésie visuelle". En passant en revue les différents types de calligrammes dans une perspective chronologique, nous envisagerons la manière dont, dès les avant-gardes, le calligramme interroge le rapport du discours poétique à son référent, réaffirmant ou bouleversant la binarité du signe (linguistique et visuel). Nous observerons entre autre son rapport à l’espace et à la matérialité de la page, du calligramme "figure", condensé, au calligramme spatialisé et dont le déploiement permet l’émergence du rythme visuel de la voix poétique. Quelle leçon les années 1970 ont-elles retenu des inventions "calligrammatiques" des avant-gardes ? Nous verrons comment le calligramme qui (en tout cas selon une définition étroite du terme) n’est plus la forme majeure des années 1960-1970, subsiste néanmoins, constamment retravaillé, voire renversé.

Rapporteur : Grégory Bouchaud

Mercredi 21 mars, 18 h - 20 h
- Alexandre Coly : Stéréotypes sur le monde noir durant l’époque coloniale : répercussions sur les œuvres poétiques des auteurs de l’Afrique lusophones.

Résumé de la communication :

L’objectif est de montrer à travers les poèmes choisis comment les stéréotypes s’articulent avec la création littéraire. Les stéréotypes ne viennent pas s’imposer à la littérature ; ils établissent avec elle une relation à la fois concrète et assez complexe en même temps. Tout d’abord, nous définirons la notion de stéréotype en nous appuyant sur les ouvrages de Ruth Amossy, Les Idées reçues. Sémiologie du stéréotype et Stéréotypes et clichés. Dans un second temps, il s’agira d’étudier des poèmes composés par des poètes africains d’expression portugaise, qui ont évolué durant la dernière phase historique de l’empire colonial portugais en Afrique, entre 1947 et 1975

.

- Jérémie Regnault : Le mouvement des Bardes en URSS (1960-1985) : une sociopoétique du poète-chanteur non-conformiste. Exemplier.

Résumé de la communication :

Le mouvement des « Bardes », actif en URSS entre 1960 et 1985, est un phénomène culturel d’une extrême importance pour la connaissance de la littérature et de la civilisation russes de la fin de l’ère soviétique. À mi-chemin entre « dissidence » et « non-conformisme intégré », il s’agit de « poètes chanteurs » qui ont incarné pour un public assez vaste une contestation du pouvoir établi et une proposition d’alternative dont l’influence s’est étendue aux mouvements artistiques informels parallèlement au modèle que leur mode de vie a pu fournir pour les générations montantes de cette période. Viennent alors se greffer les problèmes de la relation entre le barde et la censure, et en particulier le regard propre de l’artiste russe face à un déterminisme particulier (l’artiste « ne pourrait exister » sans la censure), et la mise en perspective de l’activité créatrice des bardes dans le contexte de l’histoire littéraire du pays ainsi que leur relation ambiguë avec l’engagement. Puis une étude thématique articulée autour des principaux thèmes et une analyse des codes stylistiques permettront de définir littérairement les « bardes » dans l’environnement proche de la poésie dissidente (Joseph Brodsky) et non-conformiste intégrée (Evgueni Evtouchenko).

Rapporteur : Caroline Crépiat

Mercredi 4 avril, 18 h - 20 h
- Karen Rémont : L’atmosphère : clef de lecture du fantastique dans les romans et contes du XIXe siècle. Domaines américain, hispanique et francophone de 1830 à 1945.

Résumé de la communication :

Pour développer une atmosphère, le fantastique a besoin d’une ambiance particulière. Le mot est issu du grec « atmos » vapeur et de sphaira « sphère ». Les deux composants de ce mot expliquent le but d’un conte fantastique, l’auteur tente de nous faire entrer dans une sphère, dans un monde dont il est l’inventeur et où il sème cette vapeur qui prend vie sous nos yeux. L’image de la « bulle » surgit ainsi devant nous et offre aux quatre éléments la possibilité de se mélanger. Le mot « sphère » donne l’image de la bulle et la « vapeur » évoque le mélange élémentaire puisque la vapeur est un amas visible de fines gouttelettes d’eau en suspension dans l’air. Le mot « atmosphère » en français désigne l’air que l’on respire ou une ambiance morale et intellectuelle comme par exemple, une atmosphère de corruption et d’intrigues. La dimension élémentaire, au sens bachelardien du terme, avec l’air et une dimension humaine liée à l’intériorité de chaque être. « Atmosphère » dans la langue espagnole se dit « atmosfèra » et a le même sens qu’en français. En anglais, il existe deux façons de désigner l’atmosphère : « atmosphere » qui désigne la couche d’air qui environne la terre et « mood » qui est très riche au niveau du sens puisqu’il décrit, bien sûr, l’ambiance (atmosphere in room, meeting), l’atmosphère (of place) d’un lieu mais également l’état d’esprit (of group, party). Cet état d’esprit en français pourrait se traduire par le mot « humeur », qui permet de lier l’atmosphère intérieure à la théorie des quatre humeurs. L’atmosphère est donc un processus externe, mais également interne, la « sphère » peut être celle de l’esprit, et suggère une communication entre l’esprit de l’auteur et du lecteur par l’intermédiaire d’une ambiance particulière. L’instinct présent dans chaque homme prend le dessus et nous pousse à ressentir le malaise, la peur, le doute voulus et recherchés par le fantastique. Cette sphère physique ou intérieure, qui nous enferme et nous coupe du monde, nous ramène à une peur originelle. Le concept de l’atmosphère est complexe et il met à jour certains rouages de la psyché humaine. Le fantastique ne crée pas des histoires qui font peur, il se fait miroir des tréfonds de l’âme humaine et c’est la réalité de certains de ses contes qui nous effraie véritablement. Ceux-ci nous poussent à nous interroger sur nous-mêmes. Comment les écrivains du XIXe siècle conçoivent-ils l’atmosphère ? Après avoir explicité cette notion d’« atmosphère fantastique », on l’illustrera à travers des extraits du roman de Henry James intitulé The Turn of the Screw, de la nouvelle de Guy de Maupassant « La Nuit » et enfin, « Épouvante à Salem » de Henry Kuttner.

- Elisabeth Stojanov : Les Machines à voyager dans le temps dans les littératures européennes de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle.

Résumé de la communication :

Apparues avec l’ère industrielle, les machines à voyager dans le temps – imaginées pour la première fois par l’Espagnol Enrique Gaspar (El Anacronópete, 1887) et popularisées ensuite par Herbert George Wells (The Time Machine, 1895) – ont entraîné l’apparition d’une science-fiction volontiers « technologique ». Bouleversant de la sorte les frontières du fantastique, elles ont conduit non seulement à interroger la fonction de la littérature, mais encore à revisiter tout le système des genres. Seront également évoquées les œuvres de René Barjavel (Le Voyageur imprudent, 1943) et Marcel Thiry (Échec au temps, 1945).

Rapporteur : Lucie Lavergne

Mercredi 25 avril, 18 h - 20 h Julie Crohas : Mères, pères et règles du « je » dans quelques romans français contemporains.

Résumé de la communication :

Alors que les questions de transmission et d’héritage poussent de nombreux auteurs à se tourner vers leur ascendance, il arrive qu’à l’inverse le regard se porte vers la descendance. Mère et père prennent alors la parole et tentent de formuler à la première personne l’incertitude dans laquelle l’arrivée de l’enfant les a plongés. À travers un panorama succinct de ces romans renversés, je me propose de définir les règles du « je » sur lesquelles se construisent ces histoires. Au-delà de la reformulation d’une identité désormais maternelle ou paternelle, qu’elle soit autobiographique ou fictive, l’histoire du rapport à l’enfant définit les contours d’un univers où mère et père s’opposent et se rejoignent autour des mots. La recherche d’une voix juste, qui permettrait de se raconter et de se faire comprendre, est une nécessité pour ces narrateurs tournés vers ce qui viendra après eux ; elle devient une obsession qui trahit l’inquiétude des auteurs dont il sera ici question.

Gheorghe Derbac : Briser la lignée / l’identité familiale et transgressions dans quelques romans de George Sand.

Julie Lemaire : Aragon et le roman feuilleton.

Rapporteur : Ons Sfar

Mercredi 16 mai, 18 h - 20 h
- Marc Aguié : De l’agonie à la création de la forme chez Robbe-Grillet.

Résumé de la communication :

Bien que souvent décriée et / ou incomprise, l’œuvre d’Alain Robbe-Grillet se préoccupe de la situation d’une humanité à redéfinir par le prisme de l’agonie. Agonie du sujet que réfracte celle de l’imaginaire littéraire, romanesque et autobiographique. En cela, son entreprise consiste en l’orientation du regard humain sur le monde des êtres et des objets - supports de désir : mais dans quels objectifs ? Quel est le dessein d’une telle technique fondée sur une mémoire labile, instable, sujette aux éclipses ? Pour cerner la poétique singulière, l’originalité de l’entreprise du « Pape » du Nouveau Roman, il apparaît nécessaire de l’appréhender dans son rapport tant à la narrativité qu’à la thématique.

- Émilie Fernandez : Antonio Saura, illustrateur ? Pour une approche typologique des productions livresques du peintre.

Résumé de la communication :

Après avoir présenté le corpus d’étude de la thèse qu’elle prépare sur les livres illustrés par le peintre espagnol Antonio Saura, à partir d’une analyse externe et un angle théorique, Émilie Fernandez propose de questionner les notions de livre illustré, de livre d’artiste, de livre de peintre et d’album et leur(s) acception(s) actuelle(s) afin d’établir une ébauche de typologie des productions livresques de l’artiste.

Rapporteur : Julie Lemaire

Programme 2011

Mercredi 2 février, 18h30-20h30
- Luciano Credi, « La réparation du deuil dans l’art et la littérature contemporaine. L’artiste par rapport à la guerre (Freud, Hemingway - la photo de reportage en temps de guerre) »

Résumé de la communication :

Cinq points seront abordés au cours de la communication :

1) La réparation du deuil comme discours poétique de la contemporanéité avec les dynamiques classiques de la rhétorique, c’est-à-dire Dispositio, Elocutio, Inventio, Actio, Memoria. L’élaboration d’une toile de Pollock où le noir qui coule, renvoie à son expérience du deuil pendant la deuxième guerre mondiale. L’acte de l’artiste qui fait tomber la couleur, petit à petit, met en surface et rend consciente la douleur du peintre, auparavant cachée dans son inconscient, en suivant un parcours textuel, en ce cas avec la création de la toile.

2) Freud et son rapport avec le Werther de Goethe (en 1929, Freud gagne le prix Goethe à Francfort).

3) La représentation d’Éros et Thanatos dans l’art contemporain par rapport à la théorie freudienne.

4) La photo comme moyen qui atteste la mort à l’époque contemporaine ; dans le domaine médico-légal, dans le journalisme, dans l’art contemporain avec par exemple l’image de Victor Hugo mort, photo de Nadar.

5) L’Érotisme de Georges Bataille (avec la guerre contraposée à l’amour), par rapport aux écrivains de l’époque comme Günter Grass avec Le Chat et la souris, et Hemingway avec Adieu aux armes.

Discussion sur les séances à venir et les attentes de ces rencontres entre doctorants.

Mercredi 23 février, 18h45-20h30
- Bogdan Veche, « De l’espace-temps au lieu-temps. Lieux d’attente chez Sylvie Germain »

Résumé de la communication :

À comparer l’œuvre romanesque de Sylvie Germain à celle d’un Jean-Marie Gustave Le Clézio, par exemple, on se rend vite compte que chez elle on ne retrouve pas la même fascination pour les grands espaces. En échange, l’espace est plutôt construit à partir d’un principe de discontinuité qui valorise les lieux. L’espace-temps devient ainsi lieu-temps, et cela est surtout valable dans le cas de l’attente – elle-même forme de discontinuité temporelle. État préexistant, elle s’oriente au fur et à mesure que se dessine le parcours des personnages ou bien se développe à partir d’un lieu quelconque. Cela parce que le lieu d’attente est toujours un lieu de révélation ou de prise de conscience par rapport à soi-même. Conséquemment, l’intérêt se déplace sur les détails et l’organisation des lieux où les personnages vivent des états d’attente manque souvent de jalons précis. L’attention est souvent sollicitée de manière sélective et la perspective change fréquemment : un hêtre solitaire mobilise le regard de Ludvík à partir de la fenêtre du train, un mur engendre toute une rêverie chez Gabriel dans Opéra muet et, parfois, le manque même d’ouverture du regard suffit à dessiner des immensités. La guerre efface l’horizon pour arrimer le regard à la terre devenue bourbier, tandis que la montagne enneigée ne mobilise pas l’attention comme promesse de l’infini, mais constitue une menace d’égarement par la blancheur. L’espace citadin obéit, à son tour, aux lois du morcèlement, car il s’articule autour de personnages en déplacement et dont l’attente est orientée surtout à travers les rencontres qu’ils font. Les lieux d’attente privilégiés restent toutefois les endroits familiers, fréquemment circonscrits à la maison, des lieux toujours accessibles donc, des lieux d’éternel retour et non éphémères comme ceux de l’espace citadin. Figurations de l’intériorité, ils constituent des contextes fertiles au déploiement de l’attente. Réduit au lieu, l’espace devient ainsi un élément épisodiquement actif dans le récit ; son rôle est celui de stimuler l’attention et surtout de ménager l’interpellation discrète de ceux qui se savent requis par une attention dont ils font eux-mêmes l’objet.

- Tamara Figueroa, « L’extraterritorialité chez Roberto Bolaño »

Résumé de la communication :

L’écrivain chilien Roberto Bolaño, dont les œuvres sont étudiées dans cette thèse doctorale intitulée La Construction de l’extraterritorialité chez Roberto Bolaño : écriture de l’émigration et avant-garde, présente l’image d’un créateur nomade, lequel chavire d’un continent à l’autre sans savoir où ses périples s’achèveront. Cette communication s’appuie sur l’un des chapitres de cette recherche à partir duquel nous décrirons le caractère extraterritorial des œuvres de l’auteur, lequel se construit suite à son exil. L’écrivain est confronté à une problématique identitaire, au même titre que de nombreux auteurs latino-américains ayant vécu des dictatures militaires et des guerres civiles entre 1960 et 1990. Cette présentation est composée de trois parties : a) transgression d’espaces ; b) marginalité et fragmentation ; c) en quête d’identité.

Mercredi 16 mars, 18h45-20h30
- Maya Hadeh, « Baudelaire et Rimbaud : une fugitive rencontre ? »

Résumé de la communication :

Rimbaud avait-il un jour rencontré Baudelaire, le « vrai Dieu » pour lui ? L’hypothèse est loin d’être plausible car, si les deux poètes ont un « âge du Christ » d’écart comme le faisait remarquer Claude-Edmonde Magny, c’est en 1871 que l’« homme aux semelles de vent » débarque à Paris, c’est-à dire cinq ans après le décès du poète des Fleurs du Mal. Mais loin de s’exclure conjointement, l’itinéraire rimbaldien dans ce Paris du XIXe siècle renvoie, à plusieurs reprises, à celui qu’y a entrepris le « grand voyant » quelques années en avance. En effet, l’identification des mêmes lieux fréquentés par Rimbaud et Baudelaire ne nous invite pas seulement à placer l’éventualité d’un rendez-vous manqué entre les deux écrivains mais aussi à passer en revue le scénario de cette rencontre dont les enjeux essentiels se cristallisent dans leurs écrits.

- Ons Sfar, « Le récit onirique à la charnière du XIXe et XXe siècle : rupture ou continuité ? »

Résumé de la communication :

S’offrant à nous sous la forme de lambeaux, de bribes ou de fragments, le rêve demeure un élément vague et dépourvu de définition canonique. Pareillement, sa mise en texte a souvent donné lieu à des fictions ou des transcriptions qui demeurent énigmatiques quelque construites qu’elles soient. Par ailleurs, il m’est apparu toujours intéressant de lire un texte onirique dans la foulée des textes qui le précèdent et de ceux qui le suivent. Cela conduit vers un repérage de constantes qui résistent à la variété contextuelle. En contrepartie, en faisant confronter les textes du corpus, des divergences multiples se mettaient aussi en place… Mon travail consistera à interroger l’évolution de l’écrit onirique à la lumière des diverses mutations notamment esthétiques, traçant ainsi un cheminement qui décrirait partiellement la genèse du texte onirique.

Mercredi 6 avril, 18h45-20h30
- Julie Lemaire, « Le kitsch envisagé comme une manifestation esthétique de la bêtise chez Aragon »

Résumé de la communication :

Dans son Discours prononcé lors de la remise du prix Jérusalem en 1985, Milan Kundera définit le kistch comme la « traduction de la bêtise des idées reçues dans le langage de la beauté et des émotions ». Le kitsch serait donc à envisager comme la manifestation esthétique de la bêtise, l’articulation entre les deux se faisant autour de la notion d’idées reçues, de stéréotypes. Mais quels sont les points de contact entre le kitsch et la bêtise ? En quoi le kitsch signale-t-il la bêtise et quelles sont les formes prises par cette bêtise kitsch ? C’est à ces questions que nous tenterons d’apporter des réponses, à partir d’une lecture du cycle du monde réel d’Aragon, et plus particulièrement de quatre romans, hantés par le kitsch, Les Beaux Quartiers, Les Voyageurs de l’impériale, Les Cloches de Bâle et Aurélien.

- Anna Visnovska, « Marguerite Duras et la poétique de "l’impossible à redire" : autour de la traduction pour le théâtre »

Résumé de la communication :

Dans les textes littéraires de Marguerite Duras se mélangent les effets lyriques d’une écriture s’accomplissant dans la recherche de « l’impossible à dire » avec un certain souci créateur du « dire-tout », et ceci d’une « manière absolue ». Ce souci durassien semble porté par ce que Maurice Blanchot appelle la « passion de l’image » qui repose d’un côté sur un recours au visible mais qui de l’autre côté se nourrit surtout d’images sous-jacentes, invisibles. M. Duras cultive une écriture qui est sans cesse confrontée aux difficultés à communiquer, à dire, d’où découlent des difficultés de redire (et traduire) notamment « ce que les gens pourraient se dire s’ils en avaient les moyens, et ce qu’ils ne se disent pas tout en se le disant », ce qui préoccupe l’auteure. Elle veut, semble-t-il, souvent raconter une histoire dans « l’absence de cette histoire » qui échappe à toute verbalisation, raconter l’histoire qui s’efface. L’intertextualité des réécritures de ses propres textes pour le théâtre rend la traduction possible, mais la complique, l’empêchant d’être claire, ouvrant le texte traduit à des possibilités d’interprétation qui varient. Dans le but de la lecture pour traduire, je propose d’explorer dans les « textes pour le théâtre » (et non des pièces de théâtre) le fonctionnement de quelques matrices narratives que j’appellerai « dialogues-portraits » et « anaphores féminines ».

Mercredi 20 avril, 18h45-20h30
- Grégory Bouchaud, Caroline Crépiat, Lucie Lavergne : « L’évolution du lyrisme de l’Antiquité jusqu’au XXe siècle »

Résumé des communications :

- Grégory Bouchaud, « Peut-on parler d’un genre lyrique antique ? »

Je veux d’abord tenter de cerner quelques caractéristiques essentielles de l’épinicie grecque pratiquée par Pindare et montrer comment les circonstances sociales qui déterminent le contenu et la forme du poème ont un impact sur son statut esthétique, puis j’esquisserai quelques commentaires sur la plurivocité de ce « lyrisme » aux niveaux thématique, stylistique et énonciatif. Une seconde partie sera consacrée à mettre en lumière plus précisément quelques problèmes liés à l’intertextualité entre Pindare et Horace, notamment la distinction de deux sources d’inspiration dans la lyrique grecque et la disparition de la performance cérémonielle chez le poète latin. Enfin, j’aimerais suivre brièvement quelques pistes de réflexion sur la façon dont naît et se transforme le soi-disant genre entre la Grèce et Rome, au terme de quoi la pertinence d’un « lyrisme » antique devrait apparaître avec plus de clarté.

- Caroline Crépiat, « Le sujet lyrique chez les poètes du Chat Noir, pour une esthétique de la surface »

La revue du Chat Noir (1882-1897), créée par Rodolphe Salis pour assurer la promotion de son cabaret artistique montmartrois, s’ancre dans l’esprit « fin-de-siècle » marqué par une volonté de faire de l’original à tout prix, en exacerbant la crise de l’écriture poétique et la mise à mal de ses normes. Le lyrisme étant en crise, il s’agit pour les poètes du Chat Noir de repenser la question du sujet et de son inscription au cœur de l’énonciation lyrique. C’est pourquoi la notion de sujet lyrique est tout particulièrement visée : décentrée, déviée, fuyante, sa présence et les fluctuations de ses apparitions sont problématiques. Nous n’étudierons pas son décentrement ici, mais ce qui prolonge ce processus : ce qui nous intéressera précisément est le sujet lyrique chatnoiresque en tant que surface, comme glissant à la surface du texte. Si le sujet lyrique ne disparaît pas, son manque (son déni) de profondeur suggère une mise à l’épreuve de sa densité et de son élasticité. Mouvant, le sujet lyrique glisse à la surface du dire et du texte, se laissant parfois brièvement aller à un intérêt pour la profondeur, mais cela demeure furtif, émerge au détour d’un vers et disparaît. Nous observerons tout d’abord cette esthétique de la surface sur laquelle se fonde le sujet lyrique, puis nous analyserons le sujet lyrique comme un sujet de l’entre-deux, trouble et mouvant, avant de mettre en lumière la réversibilité de cette surface.

- Lucie Lavergne, « Le sujet lyrique aux prises avec la métrique (dans la poésie espagnole des XIXe et XXe siècles) : une poétique de l’entre-deux »

Il s’agira d’observer le lyrisme d’un point de vue formel et dans son rapport à la métrique. En effet, entre la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe, la norme métrique est progressivement remise en cause, jusqu’à l’avènement du vers libre. En quoi cette mise en tension métrique porte-t-elle la marque du sujet lyrique ? Notre communication observera la présence du lyrisme dans la norme accentuelle qui caractérise l’écriture versifiée dès la fin du XIXe siècle. Nous verrons comment la norme transformée - mais norme tout de même - porte la voix poétique. En outre, celle-ci émerge également des brèches qui fendent ou fendillent cette norme jusqu’à ce que la remise en cause de la métrique conduise à son oubli total, dans la première moitié du XXe siècle. Le sujet lyrique semble alors apparaître dans tout ce qui échappe à la métrique : nous en proposons une définition comme sujet de la variation et de « l’entre-deux ».

Jeudi 12 mai, 18h45-20h30 (décalage du séminaire au jeudi, attention)
- Mathilde Jamin, « Reconfigurations du Petit Chaperon Rouge dans l’album de jeunesse espagnol actuel »

Résumé de la communication :

Si l’introduction en Espagne des premières traductions des versions littéraires du conte du Petit Chaperon Rouge est relativement tardive (première traduction de la version de Perrault : 1862 ; première traduction de la version des frères Grimm : 1920, chez Calleja, une maison d’édition spécialisée dans le livre pour enfants), elle ne freine pourtant pas le succès que connaîtra par la suite le conte dans la littérature de jeunesse de la Péninsule. L’apparition de ces premières traductions du conte coïncide en effet avec la naissance dans le pays d’une littérature pour la jeunesse, plus tardive que dans le reste de l’Europe ; dès lors, Petit Chaperon Rouge et littérature pour la jeunesse vont devenir indissociables.

C’est surtout à partir des années 1920-30 (premier âge d’or selon la critique, de la littérature de jeunesse en Espagne) que fleurit un grand nombre de Petits Chaperons Rouges originaux, révélateurs de la modernité inhérente à la littérature et aux arts de cette période. Le conte se décline sous diverses formes bien souvent liées aux progrès techniques et à l’apparition de nouveaux médias qui donnent à l’image une place prépondérante. Il fait l’objet de nombreux procédés d’adaptation qui induisent diverses modifications des hypotextes, au plan de la forme et des valeurs transmises. Ces modifications annoncent dès lors les changements à l’œuvre dans la littérature de jeunesse actuelle et plus spécifiquement dans l’album.

Nous verrons donc dans un premier temps quelles sont les reconfigurations que subit le conte dans les productions pour la jeunesse au début du XXe siècle, quelles sont leurs implications, puis comment ces transformations annoncent et conditionnent bien souvent les versions actuelles du conte sous la forme d’albums.

Nous pourrons alors voir comment ces versions actuelles du conte sont non seulement le fruit d’un dialogue avec les versions de Grimm et de Perrault, mais aussi avec les versions pour la jeunesse, publiées tout au long du XXe siècle.

- Émilie Fernandez, « La Production livresque d’Antonio Saura : l’exemple de Nulla dies sine linea, journal intime graphique »

Résumé de la communication :

Le sujet de la communication concerne le rapport entre la peinture et le livre dans le processus créatif et la démarche intellectuelle d’un des plus grands peintres espagnols du XXe siècle. Parallèlement à son activité d’artiste peintre, qui le place à un poste privilégié de l’Histoire de la peinture espagnole et mondiale, Antonio Saura dédia un espace important de sa carrière à un dialogue intime avec la littérature et différentes formes d’écrits au travers de livres d’artistes où sont co-présents le texte et l’image.

Ouvrage réalisé entre 1994 et 1998 et publié en1999, Nulla dies sine linea contient la série de deux cent dix-huit dessins et peintures sur papier illustrant chacun quotidiennement un article tiré de la presse internationale par le peintre lui-même. Immobilisé par la maladie, Saura doit renoncer à la peinture sur toile et s’impose un défi nouveau : celui de produire un dessin par jour pendant une année, à partir d’un support, d’un format et d’une palette uniques. Fruit d’une démarche dont la périodicité est à la fois moteur et contrainte, Nulla dies sine linea représente un jalon tout à fait particulier dans la carrière peinte et illustrée de l’artiste mais témoigne néanmoins d’une facette déterminante de la personnalité d’Antonio Saura : son goût pour l’expérimentation livresque. Plus qu’une représentation subjective de l’actualité mondiale, il s’agit d’un travail d’introspection qui cultive la nostalgie d’un jour.

Pour présenter cet ouvrage, je tenterai d’en évaluer le statut à la frontière du livre illustré, du livre d’artiste et du journal intime (extime ?) pour le situer dans le corpus des livres illustrés par le peintre. Je sonderai, dans un deuxième temps, les nombreux phénomènes d’échos contenus dans les images qui tissent des liens forts avec l’Histoire de l’art et son œuvre peint et illustré.

Mercredi 1er juin, 18h45-20h30
- Gheorghe Derbac, « Comment se construit la déchéance du pater familias chez George Sand ? »

Résumé de la communication :

Le XVIIIe a constitué une période de contestation de la figure patriarcale. Avec la Révolution française, cette contestation théorique et philosophique s’est dirigée vers une voie pratique, loi du divorce, interdiction de tester, abolition du droit d’aînesse, institution des tribunaux de famille, tous ces éléments vont entraîner la chute du pater familias. Même si après ce « roman de la Révolution » comme l’appelait Napoléon Ier en 1800, on a essayé de revenir sur certaines décisions prises par l’intermédiaire du Code civil (1804) et de la loi Bonald abolissant le divorce en 1816, l’atteinte portée à l’institution paternelle de l’Ancien Régime demeurait considérable.

En gardant ce contexte socio-historique comme canevas, la présente communication se propose d’observer comment tous ces changements se font sentir dans l’œuvre de George Sand et de quelle manière l’auteur s’y prend pour montrer le flou qui entoure la figure du père. On voit ainsi défiler toute une “cohorte” de pères, de “tyrans” (André, 1835) qui ne veulent pas reculer devant la volonté de leurs enfants, de personnages de pères émigrés (Le Secrétaire intime, 1834) qui ne savent pas établir un contact avec leurs fils, de pères “amnésiques”, qui n’ont rien appris de la Révolution, etc. Ensuite, comme par un jeu élaboré de miroirs, l’auteur nous livre des pères de substitution ou des avatars qui, eux, se montrent sensibles et à l’écoute de leurs fils. Ce sont des personnages fortement idéalisés à l’instar du personnage de Pier-Angelo dans Le Piccinino (1847) ou celui du Grand Louis dans Le Meunier d’Angibault (1845).

- Julie Crohas Commans, « La parole donnée au père (Philippe Forest, Gisèle Fournier, Sylvie Gracia et Laurent Mauvignier) »

Résumé de la communication :

Si, depuis les années 1990, le père a trouvé une nouvelle présence dans la littérature française grâce aux récits de filiation et autres fictions biographiques, il reste malgré tout le plus souvent silencieux. Rares en effet sont les pères-narrateurs. Pourquoi certains auteurs choisissent-ils de donner la parole au père dans leurs textes ? Quelles sont les motivations, les manifestations et les enjeux de la voix paternelle ?

La prise de parole du père répond à un besoin de dépasser l’incertitude première du père, celle qui par la sentence de Freud, pater semper incertus est, a condamné le père à douter constamment de son identité. Sa voix se fait donc l’écho de son questionnement, trouvant une résonance particulière chez des auteurs qui s’interrogent de la même manière sur la nature et la légitimité de leur écriture dans la littérature et dans la société actuelle.

Philippe Forest (L’Enfant éternel, Toute la nuit), Gisèle Fournier (Non-dits), Sylvie Gracia (Une parenthèse espagnole) et Laurent Mauvignier (Loin d’eux, Seuls) ont en commun cette réflexion sur la littérature, et leur travail en porte les traces. La voix qu’ils donnent au père répond à une exigence de transposition du réel, portant le souffle du personnage au plus près de son intimité. Elle donne au texte un rythme, un mouvement circulaire, piégeant le père au fil des mots.

La figure paternelle se trouve ainsi submergée par une parole multiforme. Alors qu’il vivait tel un spectre, retranché dans son mutisme, le père reprend corps au fur et à mesure qu’il trouve ses mots, s’appropriant les paroles de ceux qui l’entourent, mais recevant aussi une parole héritée de la littérature, révélant finalement une définition de la paternité qui, entre création et réinterprétation, lie définitivement père et écrivain.

Mercredi 15 juin, 18h45-20h30

Bilan, conclusions, réflexion pour une future journée d’étude

Date et lieu

  • le mercredi 1er juin 2011 de 18:45 à 20:30
  • le mercredi 15 juin 2011 de 18:45 à 20:30
  • le mercredi 1er février 2012 de 18:00 à 20:00 - lieu : MSH, salle 311.
  • le mercredi 29 février 2012 de 18:00 à 20:00 - lieu : MSH, salle 311.
  • le mercredi 21 mars 2012 de 18:00 à 20:00 - lieu : MSH, salle 311.
  • le mercredi 4 avril 2012 de 18:00 à 20:00 - lieu : MSH, salle 311.
  • le mercredi 25 avril 2012 de 18:00 à 20:00 - lieu : MSH, salle 311.
  • le mercredi 16 mai 2012 de 18:00 à 20:00 - lieu : MSH, salle 311.
  • le mercredi 12 décembre 2012 de 18:00 à 20:00 - lieu : MSH de Clermont-Ferrand, Salle 311
  • le mercredi 23 janvier 2013 de 17:30 à 19:30 - lieu : Salle 311, MSH de Clermont-Ferrand
  • le mercredi 13 février 2013 de 17:30 à 19:30 - lieu : Salle 311, MSH de Clermont-Ferrand
  • le mercredi 13 mars 2013 de 17:30 à 19:30 - lieu : Salle 311, MSH de Clermont-Ferrand
  • le mercredi 3 avril 2013 de 17:30 à 19:30 - lieu : Salle 311, MSH de Clermont-Ferrand
  • le mardi 7 mai 2013 de 17:30 à 19:30 - lieu : Salle 311, MSH de Clermont-Ferrand
  • le mercredi 22 janvier 2014 de 17:30 à 19:30 - lieu : MSH de Clermont-Ferrand, salle 311
  • le mercredi 12 février 2014 de 17:30 à 19:30 - lieu : MSH de Clermont-Ferrand, salle 311
  • le mercredi 19 mars 2014 de 17:30 à 19:30 - lieu : MSH de Clermont-Ferrand, salle 311
  • le mercredi 9 avril 2014 de 17:30 à 19:30 - lieu : MSH de Clermont-Ferrand, salle 311