Poésie au féminin

Le séminaire « Poésie au féminin » s’inscrit dans le prolongement du colloque international « Voi(es)x de l’Autre : poètes femmes XIXe-XXIe siècles », qui s’est tenu du 7 au 9 novembre 2007 à la MSH de Clermont-Ferrand. Rattaché initialement au programme de l’axe de recherches « Écritures poétiques » et du sous-axe « Les voi(es)x de l’Autre », ainsi qu’au programme « Altérité, rencontre et métissage » de Jean-Pierre Dubost, le colloque se proposait d’aborder les œuvres des poètes femmes en transposant la conception beauvoirienne de la femme comme Autre de la culture andro-centrée dans le domaine littéraire et poétique.

De par le choix d’aborder exclusivement des écrits féminins, de par sa thématique, le colloque se situait dans l’héritage du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, comme également dans celui des travaux de la critique littéraire féministe et/ou « féminine » [dans l’ouvrage intitulé Méthodes de critique littéraire, Elisabeth Ravoux-Rallo qualifie la démarche critique d’Hélène Cixous de « critique féminine »] apparue dans le sillage des mouvements de femmes des années 1970. Fondé sur les apports de la théorie féministe, de la notion d’ « écriture féminine » [Cf. Hélène Cixous, « Le rire de la Méduse », Paris, L’Arc, 1975], des théories de la « différence sexuelle » [Cf. Luce Irigaray, « La différence sexuelle » in Éthique de la différence sexuelle, Paris, Minuit, 1984], ce courant de la critique intégrait, de manière originale et dissidente, à une époque dominée par le structuralisme, la notion de genre dans la lecture et l’analyse des textes littéraires. Son apparition coïncide avec la parution du livre de Kate Millett Sexual Politics (La politique du mâle), qui inaugure la première phase de la critique littéraire féministe fondée sur l’analyse des « Images de femmes » et leur détermination culturelle dans les écrits masculins. Les années 1970 et 1980 voient également l’émergence de la « deuxième phase » de ce courant critique, centrée, cette fois, sur les œuvres de femmes, non plus « andro-centrée » mais « gyno-centrée ». Au sein de ce courant, s’imposent les travaux d’Elaine Showalter, notamment l’étude consacrée au roman anglais A Literature of their Own. British Women Novelists from Brontë to Lessing (1977), les essais « Toward a Feminist Poetics » (1979) et « Feminist Criticism in the Wilderness » (1981), qui inaugurent la « gynocritique ». On mentionnera également l’important recueil d’essais édité par Elaine Showalter, The New Feminist Criticism, Essays on women, literature and theory (1986).

Nombre de travaux consacrés à la poésie paraissent parallèlement à ces travaux abordant le roman, dont nous ne citerons que quelques titres de référence : Naked and Fiery Forms, Modern American Poetry by Women (1978) de Suzanne Juhasz, suivi de l’ouvrage collectif de Sandra M. Gilbert et Susan Gubar, Shakespeare’s Sisters, Feminist Essays on Women Poets (1980), et d’une étude sur la poésie féminine au XIXe siècle de Margaret Homans, Women Writers and Poetic Identity : Dorothy Wordsworth, Emily Brontë and Emily Dickinson. Deux études d’Alicia Ostriker, elle-même à la fois critique et poète, doivent être mentionnées également, Writing like a Woman (1983) et Stealing the Language : The Emergence of Women’s Poetry in America (1986)… Tous ces ouvrages portent manifestement sur la poésie anglophone, principalement américaine, mais les thèmes qu’ils abordent, les problématiques qu’ils développent se révèlent être bien souvent en résonance avec les travaux consacrés aux poètes femmes appartenant à d’autres aires géographiques, comme le révèlent les études rassemblées dans l’ouvrage collectif Voi(es)x de l’Autre : poètes femmes XIXe-XXIe siècles [études réunies et présentées par Patricia Godi-Tkatchouk, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2010). Une même et double interrogation parcourt la critique féministe et/ou « féminine » et ces travaux dans leur ensemble de manière originale : En quoi le fait d’être une femme peut-il affecter la création en poésie ? Qu’est-ce qui fait la différence des écrits poétiques de femmes ?

Partant de la notion d’altérité au féminin qui sous-tendait le colloque « Voi(es)x de l’Autre : poètes femmes XIXe-XXIe siècles », à l’aide des outils fournis par la critique littéraire féministe et/ou « féminine », dont le séminaire voudrait se faire l’écho, mais sans sectarisme, dans un esprit d’ouverture et de pluralité des voi(es)x, le séminaire « Poésie au féminin » comportera, dans un premier temps, trois volets. Il s’organise selon un premier cycle de trois rencontres d’avril 2011 à avril 2012, qui reprennent et développent les grands axes de réflexion qui structurent le volume des actes parus en 2010. Il se déroule en alternance avec le séminaire « Voix poétique et mythes féminins » organisé par Pascale Auraix-Jonchière.

Le premier volet du séminaire (8 avril 2011) a abordé la poésie au féminin sous l’angle des représentations de la position d’altérité du poète femme par rapport à la tradition littéraire, à l’autorité littéraire et culturelle traditionnellement masculine. À travers les époques, nombre d’œuvres poétiques révèlent, au niveau du discours ou/et des représentations imaginaires, la conscience qu’a le poète femme d’être l’« Autre » de la création en poésie, d’appartenir à une « minorité » dans la tradition littéraire, une position qui apparaît comme le reflet de la situation du sujet femme dans le monde comme « Autre » et comme « deuxième sexe », pour reprendre l’analyse de Simone de Beauvoir. Nombre de poètes femmes manifestent cette conscience et/ou explorent cette situation dans leurs écrits, sur le mode de l’auto-dénigrement souvent teinté d’ironie, de la représentation et de la satire de la domination masculine, de la contestation de l’autorité culturelle… L’altérité au féminin est alors présentée comme une source d’exclusion, de préjugés avec lesquels le texte poétique se débat… ou dans lesquels il s’enferme. Ont été abordées également les notions de conformité ou de rejet d’une certaine idée, élaborée culturellement, de la « poésie féminine ». Une attention particulière a été portée aux phénomènes d’écriture, dans les textes poétiques féminins, liés aux représentations de cette position d’altérité imposée culturellement : conformisme exacerbé ou, au contraire, subversion des formes, des conventions et des codes hérités de la tradition poétique…

Dans un deuxième temps, dans un second séminaire (25 novembre 2011), nous nous sommes intéressés aux phénomènes de prise en compte volontaire et d’appropriation de la « différence sexuelle », du genre, du féminin, par les poètes femmes, tels que ceux-ci ont pu se dessiner en particulier dans le sillage des mouvements des femmes des années 1960 et 1970, ou dans des œuvres antérieures, dans un élan précurseur. Ce deuxième volet du séminaire a été consacré plus particulièrement à des auteurs femmes dont les œuvres relèvent du « parti pris » d’intégrer la dimension du « féminin », de la « féminité », de l’« identité féminine », le plus souvent après avoir « re-visité » ces notions en tant que femmes, après les avoir identifiées comme des constructions culturelles et sociales transmises par les discours andro-centrés ou « phallonarcissiques » dominants (Bourdieu). Nous nous sommes intéressés aux œuvres dans lesquelles cette intégration revêt la forme d’une quête identitaire, quand ces notions, repensées, réinvesties par les femmes elles-mêmes, ne sont plus envisagées négativement, comme un fardeau, mais comme une richesse et une ressource. Un intérêt particulier a été porté aux phénomènes d’écriture, aux expérimentations formelles et langagières, création de nouveau(x) langage(s), d’un « style féminin »…

Un troisième temps du séminaire (27 avril 2012) abordera les phénomènes d’écriture volontairement inscrits dans le dépassement de la dichotomie des genres masculin/féminin, au profit de l’exploration d’une certaine forme d’« androgynie » ou de « bisexualité », d’« autre bisexualité » (Hélène Cixous) dans la création, ou de traversée des genres, tels que ces phénomènes semblent se faire jour plus particulièrement dans les œuvres de poètes femmes très contemporaines.

Prochaine séance :

27 avril 2012

Traversée des genres

Amphi 219.

PROGRAMME

9h Présentation du séminaire : Patricia Godi-Tkatchouk

9h30 Anne-Marie Soulier (université de Strasbourg, traductrice, poète) : Trahir, traverser, apparaître : cette étrangeté aux rimes mauvais genre, la poétesse.

10h30 Pause

11h Claude Ber (poète, Paris) : L’entre-deux du sujet-de-l’écriture au féminin.

12h Claude Ber, Marie Joqueviel-Bourjea / Marie Étienne, Anne-Marie Soulier : lectures.

13h Déjeuner

14h30 Marie Joqueviel-Bourjea (université Paul-Valéry Montpellier-III) : La femme, le neutre, l’écriture (Marie Étienne et au-delà…).

15h30 Julie Dekens (Sorbonne, université de Zürich) : Orphée vs Eurydice : quand Orphée devient une femme et qu’Eurydice se transforme en poète…

16h30 Claude Ber, Marie Joqueviel-Bourjea / Marie Étienne, Anne-Marie Soulier : lectures.

17h30 Clôture du séminaire.


Séances précédentes :

8 avril 2011

Poètes femmes en Autre(s) de la tradition

PROGRAMME

Matin

8h45 Accueil des participant(e)s.

9h00 Présentation du séminaire : Patricia Godi-Tkatchouk

9h30 Olga Blinova (Université de Strasbourg) : Zinaïda Gippius : poésie au masculin ?

10h00 Caroline Crépiat (Université Blaise Pascal) : Le fumisme n’est pas qu’une affaire d’hommes : le fumisme dans les poèmes des femmes du Chat noir ou l’ambivalence d’une énonciation de l’altérité.

10h30 Pause

11h00 Elena Thuault (Zapadoceska Univerzita, Plzen, République tchèque) : Renée Vivien ou la violence de la féminité.

11h30 Camille Aubaude (poète, Paris) : "La moderne khitarède".

12h00 Camille Aubaude et Françoise Urban-Menninger : Lecture

12h30 Déjeuner

Après-midi

14h30 Patricia Izquierdo (Université de Nancy, Laboratoire Lire, Lyon 2) : La poétesse, figure de l’altérité à la Belle Époque.

15h00 Nicole Michel Grépat (IUFM Versailles/UCP) : Andrée Chedid : entre accueil de l’Autre et écueils du Moi. Une infidélité féconde aux modèles poétiques masculins admirés.

15h30 Françoise Urban-Menninger (poète, Strasbourg) : Maximine : une poésie jubilatoire qui fait chanter l’âme et le corps au féminin dans une parfaite symbiose avec la nature et les quatre éléments.

16h00 Discussion

16h30 Françoise Urban-Menninger et Camille Aubaude : Lecture.

17h00 Clôture du séminaire.

25 novembre 2011

Quête identitaire et exploration du féminin

MSH - Salle 219

PROGRAMME

9h Accueil des paticipant(e)s

9h15 Patricia Godi-Tkatchouk : Ouverture du séminaire

9h30 Elena Thuault (Faculté des Lettres, Université Alexandru Ioan Cuza, Iasi, Roumanie) : Renée Vivien : féminités et féminismes littéraires

10h Maria Francesca Rondinelli (Université Stendhal-Grenoble III) : Joyce Mansour, la voie / voix féminine du surréalisme

11h Pause

11h Marie Laureillard (Université Lumière-Lyon II, IETT) : Chen Jingrong, Zheng Min, ou l’écriture poétique féminine de deux des Neuf Feuilles dans la Chine des années quarante

11h30 Sylvie Durbec (poète, Marseille) : La voix des hommes / la voix des femmes

14h30 Marilyn Hacker et Sylvie Durbec : lectures

15h Nathalie Riou (Université de Nantes) : L’autre de la poésie et l’autre de la femme renouvellent la tension du poème : Valérie Rouzeau et Sabine Macher

15h30 César Cassarine (poète, Ussel) : Poésie au féminin : l’aspiration mystique chez la poétesse Marcelle Delpastre, le détachement pragmatique chez Nathalie Quintane

16h Pause

16h30 Elvira Fente (Paris 8) : Maria Xosé Queizan : La métaphore d’être femme

17h Monique Tesan (Paris VII) : Poésie de linge et stratégies de pansement : poètes américaines

17h30 Marilyn Hacker et Sylvie Durbec : lectures

18h Clôture du séminaire

Responsable(s) Celis :  Patricia Godi-Tkatchouk

Équipe(s) de Recherche concernée(s) :  Littératures 20/21

Date et lieu

  • le vendredi 8 avril 2011 - lieu : Amphi 220 (2e étage), MSH 4 rue Ledru, Clermont-Ferrand
  • le mardi 14 juin 2011 de 15:09 à 16:09
  • le vendredi 25 novembre 2011
  • le vendredi 27 avril 2012