Maxime Du Camp, Les Forces perdues

Thierry Poyet

Ami de Flaubert et de Tourgueniev, un temps familier des salons de la princesse Mathilde, voyageur et aventurier, historien contemporain et sociologue, académicien, Maxime Du Camp est d’abord un grand écrivain qui connaît, dès son premier roman, en 1853, un succès littéraire retentissant. Par sa formation classique et son esprit romantique, il appartient pourtant à cette génération qui cherche sa place en pleine vogue réaliste. Avec Les Forces perdues, Du Camp brosse le portrait d’un homme, Horace Darglail, et le tableau d’une génération, celle qui est née trop tard dans un monde trop vieux. Inspiré de nombreux souvenirs personnels, le récit fait de son personnage principal l’aîné réussi des Frédéric Moreau et Deslauriers, dès lors qu’Horace se résume par un cri : « je continue à rêver l’impossible ». Flaubert ne s’y est pas trompé qui voyait dans Les Forces perdues un concurrent à L’Éducation sentimentale, et ne pouvait qu’applaudir devant un bilan où les hommes savent enfin mesurer avec lucidité leur parcours et constater : « Quelle vie manquée, que de facultés restées stériles, que d’efforts avortés, que de forces perdues ! » Plutôt que d’offrir à ses lecteurs un roman d’apprentissage, Maxime Du Camp propose avec Les Forces perdues une vraie réflexion sur l’existence humaine quand celle‐ci se réduit à une éducation sentimentale malheureuse, marquée du sceau de l’épreuve permanente.

Références

Paris : Eurédit, 2011. 344 p. Prix : 75 euros. EAN : 9782848301433

Année de publication : 2011