Résistances culturelles et formes de résiliences ethno-spatiales : le cas des minorités isolées en Amérique du Nord

Programme MSH

Journée d’étude, jeudi 7 et vendredi 8 juin 2012, MSH, salle 219.

Sous-Axe « Multiculturalisme et diversités culturelles » (Program « Multiculturalism and Cultural Diversities »).

PRÉSENTATION

Résistances culturelles et formes de résiliences ethno-spatiales :

le cas des minorités isolées en Amérique du Nord

Les minorités isolées s’entendent ici comme des groupes ultra minoritaires vivant à proximité immédiate d’un groupe dominant et tentant de maintenir, ou de retrouver, leur spécificité, tout en étant biculturels. Cette journée d’études culturelles amènera à ’interroger sur les stratégies développées par ces groupes minoritaires pour s’intégrer, tout en continuant à exister, dans l’espace nord-américain (États-Unis et Canada) où la suprématie culturelle anglo-saxonne est la règle. Les concepts liés aux notions de territoire et d’espace seront importants à redéfinir en pareil contexte culturel - centre/marge ; déterritorialisation/migration/retour ; norme/différence/canon… De la même manière, les concepts d’assimilation ou d’intégration, et leur dimension spatiale, seront des points d’ancrage dans les réflexions qui seront menées lors de cette journée, dans la mesure où ces groupes, souvent contraints à l’isolement - déportations, réserves, ghettos, isolats -, à la paupérisation, et à la quasi disparition culturelle, par une culture dominante hégémonique et assimilatrice, notamment par un long refus de droits culturels ont pour la plupart préservé ou re-construit leur identité soit dans la négation de leur centre - de leurs origines/ de leur langue vernaculaire - soit dans la revendication d’une "différence" ou "différance" derridéenne qui ne les coupe pas d’une possible reconnaissance tout en affirmant un positionnement de résistance, souvent militant.

Cette résistance culturelle de groupes très minoritaires sur un espace donné n’est-elle que le dernier feu d’une assimilation très avancée, résumant le renouveau à des aspects folkloriques, ou bien représente-t-elle les prémices d’un véritable renouveau ? Dans ce dernier cas, il est alors possible de parler de résilience, d’une capacité (collective ici) à faire une force d’un traumatisme passé (Boris Cyrulnik, 1999). Dans cette perspective, comment s’affirmer comme "mineur" en Amérique du Nord aujourd’hui ? Ou à l’inverse, comment vivre ou survivre en n’assumant pas ce que l’on est fondamentalement, sa "minorité", en rejetant la langue de ses ancêtres ? Dans quel "espace" social, économique, géographique est-il possible de laisser s’épanouir sa différence culturelle ethnique ? Mieux, ce processus de reconquête peut-il se traduire par une reconnaissance par-delà le groupe d’origine ; ainsi, par exemple, la langue ne serait plus la ‘langue du pauvre ou de l’exclu’ mais une langue revalorisée, langue de la mémoire et de la permanence historique ?

Les approches privilégiées seront socio-culturelles, géopolitiques et littéraires, la littérature étant un espace culturel. Les propositions pourront s’appuyer sur la conceptualisation que propose Deleuze de la "déterritorialisation" et de la "minoration" (Critique et Clinique, 1993), mais aussi sur des tentatives de résistance et de résilience assises sur des espaces culturels relativement homogènes. Dans ce cadre, les propositions de communication sur la dynamique ethno-spatiale d’une minorité isolée (communautés indiennes, francophones dans l’ouest canadien, mennonites, Amish, Inuits…) seront appréciées.

Cultural resistance and forms of ethno-spatial resilience : the example of isolated minorities in Northern America

The concept of « isolated minorities » is to be related to extremely small minority groups living near dominant groups and trying to maintain or regain their cultural specificities while living a bicultural life. This first seminar will lead to a broad questioning on the strategies developed by these extremely minor groups to get integrated/assimilated while existing as a group into the northern American space (United States of America and Canada) where the mainstream Anglo-Saxon culture is the rule. It will be important to redefine the notions of territory and space in such a context – center/margin ; de-territorialization/migration/return ; norm/difference/canon… In the same way, the concepts of assimilation, integration, and their spatial repercussions, will be at the core of this seminar as these cultural groups were forced into isolation by policies of transportation, reservation leading to ghettos or isolates. They were led to misery and denied their specific cultural rights by an overpowering assimilative culture and thus tried to preserve or re-build an identity through either the negation of their center – language/origins – or the political and committed claiming of their difference or “différance” as Derrida put it, thus adopting a resilient posture.

Is this cultural resistance of extremely minor groups living in a hostile space, the last step of a very advanced process of assimilation, reducing the idea of a cultural renewal to the defense of some eccentric traditions, or is it the first stage of a real cultural renewal ? If it is so, it is then possible to talk about resilience, about a collective capacity to turn trauma into strength (see Boris Cyrulnick, 1999). In this respect, the main question is : how to assert one’s « minor status » in today’s Northern America ? Or, inversely, how to survive as an American in the denial of one’s ancestry ? In which social, political and geographical “space” can a group see its ethnicity and cultural difference flourish ? Can such a process of cultural re-investment be recognized and accepted beyond the limits of the community ? In that way, the « minor » language would no longer be the « language of the poor and excluded » but a revalorized language of « memory and historical permanence ».

The privileged scientific approaches will be socio-cultural, ethno-spatial and literary (as literature is a cultural space). The use of Deleuze’s theories on “deterritorialization” and “minorization” (Critique et Clinique, 1993) can be of some use, as well as any theory related to the notion of resilience. Abstracts on the ethno-spatial dynamics of an isolated minority (Indians tribes in the USA, Indian French-speaking communities in Western Canada, Mennonites, Amish, Inuits….) will be appreciated.

Consulter le programme.

Responsable(s) Ceramac : Franck Chignier-Riboulon

Responsable(s) Celis :  Anne Garrait-Bourrier

Participant(s) Celis :  Anne Garrait-Bourrier

Équipe(s) de Recherche concernée(s) :  Programmes transversaux

Date et lieu

  • du jeudi 7 juin 2012 au vendredi 8 juin 2012 - lieu : MSH, salle 219.