Ouvrage : Barbey d’Aurevilly et l’écriture, formes et signes

Pascale Auraix-Jonchière

Dans son rapport problématique à l’Histoire de son temps, l’œuvre de Barbey d’Aurevilly propose au lecteur un ensemble complexe et foisonnant, dont l’unité tient cependant à un ensemble d’échos et de constantes formelles. Relevant pour l’essentiel du brouillage (des signes ou des frontières génériques), de l’inversion (des codes ou des discours), de la reconfiguration (des catégories esthétiques), cette écriture du désordre est la clé d’un univers au fond cohérent où invention romanesque, réflexion politique, création poétique se mêlent afin de dépasser le vécu.

Ce livre interroge ainsi les modalités d’inscription de l’Histoire dans la trame des fictions narratives, qu’il s’agisse du traitement des personnages ou de celui des événements, et porte une attention toute particulière à l’inscription paradoxale des signes, bouleversés par le changement socio-historique radical que représente la Révolution française. Décapitation, défiguration, marques corporelles, ou rituels sociaux, sujets à d’étonnantes distorsions ou combinaisons, tendent finalement vers l’aporie pour souligner la vacuité du sens dans un monde coupé de son origine.

L’autre versant de cette écriture est sa labilité formelle et poétique, qui provoque brouillage herméneutique et flottement générique. Le traitement du grotesque ou de l’épique, la psychologisation des codes du roman noir, procèdent d’un même regard critique sur la société contemporaine. Dans ce contexte, sans doute le débordement quasi constant de la poésie sur la prose, parfois à l’origine de formes hybrides (récit poétique ou poème en prose), est-il la manifestation du désir de transcendance qui caractérise l’œuvre de Barbey.

Références

Préface de Ph. Berthier, Caen, Lettres modernes Minard, thésothèque 38, 2011, 314 p.

Année de publication : 2011