Journée d’études littérature agrégation d’anglais 2012

Les textes rassemblés ici sont issus de la journée d’étude consacrée au programme de Littérature de l’Agrégation 2012 qui s’est tenue le 26 novembre 2011. Cette manifestation a souhaité être un lieu et un temps d’échanges entre tous les préparateurs concernés, qu’il s’agisse des intervenants venus de plusieurs universités françaises (Grenoble 3, Lyon 2, Rennes 2, Toulouse 2, ENS Ulm) ou des enseignants du Département d’Anglais de l’Université Blaise Pascal. Tous sont enseignants‐chercheurs spécialistes de l’auteur, de la période et/ou de l’aire culturelle en question.

Ces lectures croisées ont ainsi permis l’étude en profondeur de textes littéraires ayant en commun – à des titres et degrés divers – la thématique de la Pastorale, ainsi que la confrontation fructueuse de perspectives critiques différentes, parfois complémentaires. On saura gré aux auteurs de ces contributions d’avoir privilégié, mais sans s’y limiter, les impératifs du concours (externe et interne), tout laissant entrevoir le large éventail de lectures possibles suscitées par ces œuvres, et que chacun/chacune saura accueillir tout au long de son parcours au pays des Lettres.

Responsabilité scientifique

Denise GINFRAY (Littérature anglaise et américaine), en collaboration avec :

Danièle BERTON (Littérature Renaissance et Lumières, Théâtre moderne et contemporain)

Richard ANKER (Littérature américaine et Poésie romantique anglaise)

Christophe GELLY (Littérature et analyse filmique)

Textes et résumés des communications

Susan BLATTÈS (Université Stendhal – Grenoble 3) : “Spectatorship in The Winter’s Tale by W. Shakespeare”

The Winter’s Tale includes many scenes or sequences in which characters are performing not just for the audience’s benefit but also for other characters. This paper looks at different types of performance and, more especially, at the different kinds of spectator‐characters involved in order to discuss what the play tells us about being a spectator and ultimately what it suggests is the profile of the ideal spectator.

Raphaëlle COSTA de BEAUREGARD (Toulouse 2) : “The four elements in Far from the Madding Crowd, novel and film : Romanticism versus naturalism”

Dans cette présentation, la représentation des éléments : le feu, le vent, et l’eau ainsi que la terre dans le roman comme dans le film fera l’objet d’une analyse détaillée abordant des questions d’esthétiques et de narratologie pour le roman et de composition sonore et musicale (compositeur RR Bennett). L’étude de cet aspect du roman et de sa mise à l’écran donnera lieu à une exploration d’une structure dramatique où se rencontrent le culturel et le naturel. En effet, il me semble que la nature comme sujet de dialogue et d’observation, pour ne prendre que cet exemple, permet au roman d’opposer l’héritage romantique et la pensée moderne ; dans la musique du film, la tension entre la tentation de l’émotion et la volonté d’une expression moderne sera également abordée.

Laurent FOLLIOT (ENS Ulm) : « ‘Simon’s Reel’ : quelques échos de la poésie traditionnelle et populaire dans Lyrical Ballads »

Le caractère de simplicité « populaire » des ballades expérimentales publiées par Wordsworth en 1798 a été largement remis en perspective par la critique des dernières décennies, Nigel Leask et Phil Connell (2008) évoquant à leur sujet une « déterritorialisation » des formes traditionnelles. On mettra ce jugement à l’épreuve du détail des textes, en s’efforçant de démontrer la richesse et la diversité des stratégies déployées dans Lyrical Ballads, et en suggérant que Wordsworth, tout en y œuvrant à la relève de la poésie vernaculaire, n’y en inscrit pas moins la commémoration élégiaque d’un art qui aurait pu lier plus intimement valeurs individuelles et communautaires.

Thierry GOATER (Université Rennes 2) : « Dissonances polyphoniques dans Far from the Madding Crowd : a ‘hideous clang of music’ ? »

Premier roman à succès de Hardy, Far from the Madding Crowd constitue déjà une remarquable illustration de l’écriture d’un romancier marquée par les ambivalences idéologiques et les contradictions formelles qui se jouent des conventions. L’œuvre présente en effet une pluralité de voix, d’un côté un discours de l’ordre, hanté par l’interdit, obsédé par le vraisemblable, le sérieux, le sens et l’unité, de l’autre des éclats transgressifs figurant le désir, un au‐delà du réalisme, le multiple et la parodie. Le roman donne ainsi à entendre une polyphonie quelque peu discordante pour la société victorienne et pour la critique.

Christine KIEHL (Université Lumière ‐ Lyon 2) : « Beyond loquaciousness : Arcadia’s dramatic efficiency »

Arcadia (Tom Stoppard, 1993) est une pièce bavarde, argumentative, qui déroule les fils mêlés de plusieurs énigmes, scientifique, historique, romantique. Sous couvert de divertissement, la narration discursive révèle les limites du langage à produire du sens. Quelle est l’efficacité dramatique d’un texte aussi volubile qui mobilise l’écoute intellectuelle d’un public aguerri au mot d’esprit ? Quels sont les ressorts de la théâtralité dans une pièce axée sur la démonstration langagière ? Si la facture de la pièce échappe au canon classique, le registre et la modalité du discours relèvent d’un théâtre bourgeois et conventionnel. Dans la faillite ludique du sens, le texte laisse‐t‐il entrevoir des trous où le non‐verbal prendrait sa part d’expressivité ? Quelle est l’inscription, dans un texte explicatif et référentiel, des éléments théâtraux – ceux qui donnent à voir – ? À supposer que la dimension spectaculaire ne soit pas une priorité, Arcadia gagnerait‐elle à être une pièce radiophonique ? Au‐delà de la scénographie clairement énoncée, quels sont les indices proxémiques qui jal onnent le texte ? Dans une pièce écrite pour convaincre (que la quête du sens est vaine) et plaire (en faisant du sens un non‐sens), quelle est la liberté du metteur en scène ? L’acteur au service du texte avant tout est‐il contraint ou a‐t‐il « du jeu » ? Enfin, quelle est la pertinence d’Arcadia, comédie à succès des années 1990 sur la scène théâtrale d’aujourd’hui marquée par deux tendances : le théâtre de texte à dimension politique et/ou poétique, et le théâtre post‐dramatique où la technologie, avant le texte, s’adresse à la réception visuelle et acoustique du public ?

Claire MANIEZ (Université Stendhal ‐ Grenoble 3) : “Right and wrong in Philip Roth’s American Pastoral

Right and wrong are recurrent terms in American Pastoral, and are used both by the characters and the narrator. This paper will examine the various contexts, moral and epistemological, in which the terms are used, and try to determine the relations between their various acceptations. The novel will thus be shown to subvert the traditional values associated with the two notions, and to suggest that it is often right to be wrong.

Morgan SCHMITT (Clermont 2) : « La corrida comme métaphore structurante dans The Sun Also Rises d’Ernest Hemingway »

Il s’agira de montrer en quoi la corrida opère de façon structurante à différents niveaux du roman. Si le drame rituel de l’arène, vecteur de valeurs ancestrales, offre à Hemingway une indéniable toile de fond sur laquelle projeter les ombres errantes d’une génération perdue, il lui permet aussi de brouiller les codes de la matrice hétérosexuelle dressant en filigrane un portrait subversif du sujet oscillant constamment à la limite du genre (gender). Mais la corrida offre surtout à Hemingway une métaphore prégnante sur l’acte d’écriture, toujours aux confluents des regards critiques, celui de l’auteur sur son œuvre et celui des lecteurs à qui elle est destinée.

Les auteurs

Susan Blattès est Professeur de Littérature à l’Université Stendhal Grenoble 3. Agrégée d’Anglais, elle enseigne l’œuvre de W. Shakespeare et le théâtre de langue anglaise. Sa spécialité est plus particulièrement le théâtre contemporain.

Agrégée d’Anglais et Docteur ès lettres, Raphaëlle Costa de Beauregard est Professeur émérite à l’Université Toulouse 2. Son domaine de recherche comprend les études filmiques, la sémiotique et la civilisation ; elle a, par ailleurs, fondé la SERCIA (Société d’Études et de Recherches sur le Cinéma Anglophone) en 1992.

Laurent Folliot est agrégé d’Anglais et enseigne la Littérature à l’École Normale Supérieure (Ulm). Il est spécialiste de poésie romantique anglaise et titulaire d’une thèse de Doctorat portant sur W. Wordsworth et S.T. Coleridge.

Agrégé d’anglais, Thierry Goater est maître de conférences en langue et littérature anglaises à l’université Rennes 2. Ses recherches concernent principalement la littérature anglaise du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Il a publié plusieurs articles sur Thomas Hardy ainsi que sur D.H. Lawrence.

Christine Kiehl est agrégée, maître de conférences à l’Université Lumière Lyon 2 (Département Études du monde anglophone et Département Arts du spectacle) où elle enseigne l’œuvre de W. Shakespeare et la pratique théâtrale. Son domaine de spécialité est le théâtre anglais contemporain.

Claire Maniez est agrégée d’Anglais et Professeur de Littérature américaine, et enseigne cette discipline à l’Université Stendhal Grenoble 3. Ses travaux de recherche portent plus particulièrement sur la Littérature contemporaine et sur la traduction des romans autodiégétiques du domaine américain.

Agrégé d’Anglais, Morgan Schmitt est actuellement ATER dans le Département d’Anglais de l’Université Blaise Pascal. Il prépare un Doctorat d’Études Anglophones consacré à l’œuvre d’E. Hemingway.

Participant(s) Celis :  Richard Anker / Christophe Gelly

Date et lieu

  • le samedi 26 novembre 2011