Abû Nasr al-Fârâbî Opinions des habitants de la cité vertueuse

Amor Cherni

Texte, traduction critique et commentaire par Amor Cherni

Le membre gouvernant dans le corps est naturellement le plus parfait et le plus achevé de tous, en lui-même et en ce qui lui est relatif, et il a le meilleur de tout ce qui lui est commun avec les autres ; il y a au-dessous de lui d’autres organes qui gouvernent ceux qui leur sont inférieurs et dont le gouvernement est différent de celui du premier puisque, étant, à leur tour, sous le gouvernement de celui-ci, ils sont à la fois gouvernants et gouvernés. De même, le gouvernant de la cité est la partie la plus parfaite de celle-ci en ce qui lui est propre, et est le meilleur en tout ce qui lui est commun avec les autres. Au-dessous de lui, sont des gens qu’il gouverne et qui en gouvernent d’autres.

Aussi, pour légitimer ce modèle par le témoignage de la nature, le faylasûf présente-t-il, d’abord, une psychologie ou théorie de l’âme et de ses « puissances », inspirée d’Aristote et entièrement fondée sur la hiérarchie des fonctions psychiques ; puis, une théorie du vivant ou physiologie, inspirée aussi bien d’Aristote que d’Hérophile et Erasistrate, et entièrement destinée à montrer la supériorité des organes les uns sur les autres et leur coopération, chacun à son niveau, à la vie de l’organisme. Ainsi, selon son rang dans l’échelle sociale, chaque habitant de la « cité vertueuse » doit-il effectuer au mieux la tâche qui lui incombe et se conformer à la ligne fixée pour tous par « le gouvernant vertueux ».

Année de publication : 2012