LA RÉVOLUTION TUNISIENNE... s’emparer de l’histoire

Amor Cherni

Comme toutes les révolutions populaires, la révolution tunisienne est un événement au sens que nous avons donné à cette notion. C’est un fait inattendu et qui a surpris tout le monde, « observateurs », militants et même ceux qui en étaient les acteurs. Il est vrai que plusieurs couches de la population, plusieurs groupes politisés ou non, sont entrés en confrontation avec le pouvoir despotique depuis longtemps. Depuis le milieu des années soixante, les procès politiques se sont succédés ; des centaines, sinon des milliers de militants politiques, ou syndicaux, ou « associatifs », ou même des jeunes qui ont été convaincus de « surfer sur le net », ont connu les geôles de la DST, les prisons civiles ou le bagne de Borj Erroumi. Un soulèvement populaire a même eu lieu, en 2008, au « bassin minier » du Sud, qui a mobilisé la société civile, avec hommes, femmes et enfants, et qui a été étouffé par une répression sauvage. Une série de faits a donc eu lieu qui exprimaient le mécontentement du peuple et de ses couches les plus lésées ou les plus « conscientes ». Mais au moment où les événements de Sidi Bouzid se sont déclenchés, personne, absolument personne, ne croyait qu’ils allaient engendrer une révolution aboutissant à la chute du système despotique et la fuite de son chef…

Il est évident, en tout cas, que cette logique n’a rien à voir avec la causalité mécanique et nécessaire qui veut que dès que les causes sont posées, les effets en résultent nécessairement…

Année de publication : 2012