Les Savoirs des « barbares », des « primitifs » et des « sauvages » dans les savoirs francophones des XVIIIe et XIXe siècles

Comité d’organisation : Odile Barubé-Parsis (IRIS, Lille III), Simone Bernard-Griffiths (CELIS, Université Blaise Pascal), Françoise Le Borgne (CELIS, Université Blaise Pascal), Nathalie Vuillemin (LADELISA, Université de Neuchâtel).

Comité scientifique : Christian Amalvi, Jean Ehrard, Rolando Minuti, Sarga Moussa, Adrien Paschoud, Catherine Volpilhac-Auger.

« Barbares », « primitifs », « sauvages ». Autant de figures de l’altérité avec lesquelles la pensée des XVIIIe et XIXe siècles entretient un rapport ambivalent et complexe, ces « autres » par excellence pouvant aussi apparaître comme des projections du même, que ce soit à travers la figure du « bon sauvage », dans l’élaboration du concept de civilisation ou plus généralement dans le cadre d’une réflexion sur l’origine des institutions, notamment monarchiques et religieuses. Dès 1724, l’ouvrage apologétique du Père Lafitau établit dans cette perspective une comparaison systématique entre les « mœurs des sauvages américains » et celles des barbares des premiers temps, invitant à considérer dans le sauvage un primitif. Sociétés éloignées dans le temps ou reculées dans l’espace se prêtent, entre Lumières et Romantisme, à des rapprochements et des interprétations historiques d’où naîtront, au tournant du XVIIIe siècle, l’anthropologie et l’ethnologie.

La question des savoirs est au cœur de cette problématique, l’intérêt nouveau pour les « barbares », les « sauvages » et les « primitifs » conduisant à une reconnaissance de l’existence et de l’éventuelle valeur de connaissances spécifiques. Culture antiquaire et missions ethnologiques se donneront même pour but, dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, de recueillir et de sauver les témoignages précieux de cultures disparues ou menacées. Afin d’appréhender les modalités et les enjeux des lectures que philosophes, théologiens, historiens et savants français des XVIIIe et XIXe siècles ont pu proposer des savoirs des « barbares », des « primitifs » et des « sauvages », trois journées d’études sont prévues :

1. Les savoirs à l’épreuve de la lexicographie–Clermont 2 – 7 décembre 2012

Cette première journée d’étude vise à cerner précisément l’apport de la question des savoirs dans l’élaboration des catégories de « barbare », « primitif » et « sauvage » à partir de l’étude des dictionnaires et encyclopédies des XVIIIe et XIXe siècles, mais aussi de l’ensemble des textes où s’élabore, à cette époque, un savoir sur ces peuples (récits de voyages scientifiques, discours académiques, essais et traités apologétiques, philosophiques, historiques, archéologiques, antiquaires, philologiques, anthropologiques, etc.). Quelles sont les connotations attachées à chacun de ces termes – barbares, sauvages, primitifs – et en quoi orientent-elles la définition des sous-catégories présentes dans le corpus (divers peuples de l’Antiquité et peuples de l’ancien et du Nouveau Monde confrontés aux hégémonies gréco-romaines puis occidentales…) ? En quoi la reconnaissance éventuelle de savoirs spécifiques à ces autres peuples intervient-elle dans les relations qu’entretiennent ces noms et leurs dérivés tantôt amalgamés (« Les sauvages d’Amériques sont fort barbares » lit-on en 1753 dans le Dictionnaire de Trévoux), tantôt, au contraire, soigneusement distingués (par Montesquieu, notamment, dans L’Esprit des lois) ?

2. Objets de savoir et pratiques culturelles –Neuchâtel – 12 avril 2013

Programme provisoire

Vendredi 12 avril

- 9h00-9h30 Nathalie Vuillemin (Neuchâtel) : Accueil et introduction

1. Lexicographie

- 9h30-10h15 Agnès Steuckardt (Montpellier III) : « Barbare » et « sauvage » dans les grands dictionnaires de langue française de 1690 à 1798

- 10h15-11h00 Jean Ehrard (Clermont II) : Savoirs sauvages, savoirs barbares selon L’Esprit des lois

Pause

- 11h20-12h40 Frédéric Calas et Françoise Le Borgne (Clermont II) : Les savoirs des « barbares » et des « sauvages » dans L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert

Pause de midi

2. Objets du savoir et pratiques culturelles

- 14h30-15h15 Samir Boumediene (Université de Lorraine) : « C’est au hazard et aux Nations Sauvages que l’on doit les seuls Spécifiques qui soient connus » : l’appropriation de la pharmacopée américaine par les Européens (XVIe-XVIIIe siècle)

- 15h15-16h00 Samuel Thévoz (FNS, Paris III) : « Derrière moi une horde de Tibétains sauvages et magnifiques » : des barbares traîtres à la civilisation ?

- Dès 16h30 Visite des fonds de la Bibliothèque publique et universitaire

- 19h30 Dîner à l’Hôtel DuPeyrou

Samedi 13 avril

- 9h00-9h45 Jan Blanc (Genève) : Réforme ou révolution ? Défenses et illustrations du primitivisme dans l’aire britannique du XVIIIe siècle

- 9h45-10h30 Marie-Luce Manuel (Saint-Etienne) : Les arts caraïbes et la colonisation française des petites Antilles : archéologie et apports de chroniqueurs de l’époque (XVIIe et XVIIIe siècles)

Pause

- 10h50-11h35 Anne-Marie Mercier (Lyon I) : Où sont les barbares ? Monde primitif de Court de Gébelin et les traditions populaires

- 11h35-11h55 Conclusion

Cette deuxième journée d’étude permettra de préciser ce que philosophes, savants et voyageurs identifient comme « savoirs » en fonction de l’approche épistémique qu’ils ont des « barbares », des « primitifs » ou des « sauvages » et des intérêts qui sont en jeu. Quels sont les types de « savoirs » qui leur sont reconnus (savoirs de la nature, maîtrise de l’organisation sociale, savoirs guerriers, art et artisanat…) et pourquoi ? Dans quelle mesure ces savoirs sont-ils appréhendés dans leur singularité (savoirs empiriques, intuitifs, ésotériques…) et sont-ils susceptibles d’une élaboration théorique ?

3. De la réflexion philosophique aux savoirs historiens – Lille III – 11 octobre 2013

En quoi l’approche des savoirs des « barbares », « primitifs » et « sauvages » dans les discours savants et la « littérature d’idée » des XVIIIe et XIXe siècles témoigne-t-elle de ruptures épistémologiques, notamment à la fin du XVIIIe siècle ? Comment se manifeste dans ce corpus la naissance de disciplines nouvelles, émergeant progressivement du discours philosophique (ethnologie, anthropologie…) et rendant davantage justice à la spécificité et à l’altérité des savoirs envisagés ? En quoi les évolutions de la culture antiquaire, préfigurant l’invention de l’archéologie moderne, conduisent-elles, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, à faire des antiquités "nationales et ethniques" les sources à partir desquelles s’élaborent, dans la culture européenne, de nouvelles représentations des savoirs des « barbares » et de leur maîtrise du monde ? Quel est le rôle des institutions et des réseaux (Académie des Inscriptions et Belles Lettres, Académie Celtique, Académie des Orientalistes…) dans l’élaboration et la promotion des savoirs spécifiques aux « barbares », aux « primitifs » et aux « sauvages » ou, plus généralement, à l’Homme, à son histoire et sa culture ? Sur quels genres de discours et quels supports (notamment iconographiques) repose la mise en forme et la diffusion de ce savoir ?

Responsable(s) Celis :  Françoise Le Borgne

Participant(s) Celis :  Frédéric Calas

Équipe(s) de Recherche concernée(s) :  Programmes transversaux

Programme(s) concerné(s) :  LES ENJEUX DES SAVOIRS : HÉRITAGE, TRANSMISSION, POUVOIRS

Date et lieu

  • le vendredi 12 avril 2013 - lieu : Neuchâtel