Journée d’étude : "Le second degré dans la littérature de jeunesse russe"

Journée d’étude organisée par le CELIS avec la participation de l’ILCEA, Université Stendhal -Grenoble 3

La littérature de jeunesse semble être liée d’une façon inextricable à la notion de « second degré ». Souvent, cette secondarité est d’emblée entendue comme dépréciative : ainsi le dictionnaire reconnaît-il au terme « second », entre autres, les sens de « bas » et d’« inférieur ». Pourtant, il lui offre également les sens de « moderne », « nouveau », concepts éminemment valorisés de nos jours. Autant de connotations qui traduisent les frontières incertaines de la notion du second.

C’est ainsi que, dénigrée, reléguée au rang d’une littérature secondaire, longtemps dépréciée en Russie par la recherche dite « sérieuse », partiellement réhabilitée au XXIe siècle, la littérature de jeunesse russe s’interroge aujourd’hui sur son propre statut. Qu’implique-t-il finalement, ce chiffre « 2 » du second degré : s’agit-il d’une réduction, d’un manque, d’une déficience ou, au contraire, d’une duplication, d’une multiplication, voire même d’un dépassement ? De même, malgré les noms de référence qui ont signé les textes pour enfants et dont le statut est incontestable en soi, la littérature soviétique connaît aujourd’hui des moments difficiles à cause de sa spécificité idéologique et culturelle – et cela malgré la fidélité des lecteurs, inaltérable aujourd’hui encore. Alors, où faudrait-il situer le caractère secondaire ? Dans une littérature de jeunesse soviétique vue comme désuète, peinant à traverser les frontières du XXIe siècle ? Ou bien doit-elle toujours être vue comme la littérature de référence, alors que la littérature actuelle ne serait qu’un phénomène secondaire et devrait encore affirmer sa place face aux géants de la littérature de jeunesse soviétique ?

Outre ces questionnements généraux, la notion de second degré se retrouve dans le fonctionnement du texte lui-même. Le second degré dissimule une « seconde voie » qui fait écho à l’underground soviétique lorsque plusieurs auteurs « pour adultes » se convertissent à la littérature de jeunesse pour pouvoir parler autrement, coder les messages à l’attention des jeunes – et moins jeunes – lecteurs en utilisant le second degré, cet espace imagé destiné aux enfants, et réussir à transmettre leurs valeurs aux générations à venir.

Se pose alors la question du second destinataire, ou plutôt d’un double destinataire de la littérature de jeunesse : qui est véritablement le « second » allocutaire d’une telle écriture et pourquoi les adultes restent toujours (à mi-aveu) passionnés par la lecture de leur enfance ? Aujourd’hui il est communément admis qu’écrire pour les enfants est une tâche bien plus complexe et compliquée que celle de s’adresser aux adultes. Les textes de l’enfance nous accompagnent tout au long de notre vie et la grille de lecture se présente à nous dans son évolution, lorsque l’on découvre, à l’intérieur des textes qu’on croit connaître par cœur, des mystères cryptés, inaccessibles au regard de l’enfant.

Cette réflexion nous amène au thème consubstantiel du second degré, celui de l’humour qui fait office de fil rouge pour ouvrir les portes de la connaissance, mais aussi pour réunir les deux destinataires de la littérature de jeunesse (enfant et adulte), leur offrir une occasion de partage, d’échange, un espace de jeu propice à la transmission des valeurs. Surgit alors la question – et pas de moindre importance – de cette double lecture interprétative qui implique un nécessaire codage du message par l’auteur, un double destinataire. La mentalité russe, dans sa littérature et plus particulièrement dans les dessins animés, semble être particulièrement friande de ce jeu crypté, de l’humour au second degré qui semble au premier abord, difficilement accessible aux enfants.

Enfin, la littérature de jeunesse russe qui introduit tout au long de son existence plusieurs sujets et personnages occidentaux, empruntant à la culture étrangère son savoir et son capital culturel, traduit – souvent très librement – les textes européens populaires, les transpose, les adapte et les modifie à sa guise pour rendre ces palimpsestes intelligibles pour son public. Entre les traductions libres et les adaptations « adoptées » – au point d’en oublier la source initiale – la littérature russe offre un champ de réflexion très riche autour du proverbial « traduttore, traditore ».

Notre journée d’études a pour but de se pencher sur ces questions fondamentales pour la littérature de jeunesse et d’essayer, à travers la notion pluridimensionnelle du second degré, d’établir une approche analytique de la spécificité de la littérature de jeunesse russe.

Pour mieux appréhender cette spécificité, nous nous proposons également de mettre en dialogue le paradigme russe et les paradigmes issus d’autres aires culturelles ; aussi les propositions ne portant pas spécifiquement sur des textes russes, mais reprenant les problématiques ci-dessus, sont également les bienvenues.

Vendredi 28 mars 2014

Matin


- 9h – 9h30 : Ouverture de la journée d’études

- 9h30-10h : Présentation du fonds de livres de jeunesse russes de la bibliothèque Diderot de Lyon par Anne MAÎTRE, responsable des fonds slaves à la bibliothèque de l’ENS, Lyon.

- 10h00-10h30 : « Livres pour enfants en URSS : quelques réflexions autour de la présentation du fonds ENS » par Irina ARZAMASTSEVA, Professeur de Littérature russe, Université Pédagogique de Moscou.

- 10h30-10h40 : Discussion

- 10h40-10h55 : Pause café

- 10h55-11h20 : Anne-Marie MONLUÇON, MCF Littérature comparée UFR LLASIC Université de Grenoble 3 (Stendhal) : Le second degré entendu comme réflexivité dans quelques contes d’Europe centrale et orientale.

- 11h20-11h45 : Katia VANDENBORRE, chercheuse postdoctorale, Université Libre de Bruxelles, ULB :La Parodie des contes russes dans la littérature de jeunesse polonaise : Puškin et Eršov revisités par Jerzy Niemczuk.

- 11h45-12h00 : Discussion

- 12h00-14h00 : Pause déjeuner

Après-midi

- 14h00-14h25 : Odile BELKEDDAR, traductrice de littérature russe jeunesse : Une Littérature à double sens.

- 14h25-14h50 : Katia CENNET, MCF Littérature russe, Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand II : Les Aventures d’Alice au pays des soviets : les textes de Vladimir Vysockij dans le spectacle radio « Alice au pays des merveilles », 1976.

- 14h50-15h00 : Discussion

- 15h00-15h15 : Pause café

- 15h15-15h40 : Laure TNIBONNIER, MCF Littérature russe, Université de Grenoble 3 (Stendhal) : Histoire et histoire(s) : le regard porté par la littérature de jeunesse contemporaine sur la période soviétique.

- 15h40-16h05 : Irina ARZAMASTSEVA, Professeur de Littérature russe, Université Pédagogique de Moscou : Новый дискурс в детской книге : Супрематический сказ про два квадрата Эл. Лисицкого.

Le Discours nouveau dans le livre pour enfant : « Le dit suprématiste des deux carrés » de El. Lisickij.

- 16h05-16h15 : Discussion

16h15-16h30 : Clôture de la journée d’études

Responsable(s) Celis :  Ekaterina Goloubinova-Cennet

Équipe(s) de Recherche concernée(s) :  Écritures et interactions sociales

Programme(s) concerné(s) :  Littératures de jeunesse, littératures graphiques, arts visuels

Date et lieu

  • le vendredi 28 mars 2014 - lieu : MSH de Clermont-Ferrand, salle 332